À la suite des propos du Directeur général de la police nationale, estimant qu'un policier ne devrait pas être mis en détention provisoire, les réactions sont vives et montrent combien la police française suit une pente dangereuse, vu le racisme institutionnel en son sein.
"Le savoir en prison m'empêche de dormir". Ces mots de Frédéric Veaux, Directeur général de la police nationale, dans une interview accordée au journal Le Parisien, font réagir dans l'espace politique et les réseaux sociaux (cf lien n°1). Mais pourquoi s'exprime-t-il ainsi? C'est pour appuyer sa solidarité envers un policier de la Brigade anticriminalité (BAC) de Marseille mis en détention provisoire car soupçonné d'avoir tabassé et laissé pour mort un citoyen pris pour un manifestant dans la nuit du 1er au 2 juillet lors des révoltes consécutives à la mort de Nahel Merzouk le 27 juin à Nanterre. Par ailleurs, trois collègues du policier écroué sont mis en examen pour violences en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique.
Au-dessus de la justice?
En plus de cette déclaration, le DGPN estime qu'un policier ne doit pas être placé en détention provisoire en toute circonstance. Ce qui est un appel à l'impunité policière et un écho à une manifestation policière devant l'Assemblée nationale en mai 2021, où plusieurs policiers syndiqués prirent la parole pour affirmer que "le problème de la police, c'est la justice", appelant même à une révision de la Constitution pour qu'elle soit encore plus favorable aux forces de l'ordre (social et racial). Et le soutien du préfet de Police de Paris Laurent Nuñez à ces propos de Veaux montre à quel le proverbe "le poisson pourrit par la tête" a tout son sens, tant le sommet de la hiérarchie policière est prêt à tout pour couvrir le moindre élément issu de ses rangs.
Surtout quand il s'agit de violences policières. Car comme rappelé ci-haut, c'est suite à un tabassage d'un citoyen, qui s'avère être un Français ayant des racines extra-européennes et dans le contexte des révoltes liées à la mort de Nahel Merzouk, illustrant le racisme institutionnel de la police française, au point d'avoir un droit de vie ou de mort sur un jeune, qu'il ait un passif judiciaire ou un casier vierge. Ne faut-il pas se demander, à l'instar du philosophe Michel Foucault, si "la justice est au service de la police"? Toujours est-il que la police agit comme un "État dans l'État", tant le pouvoir en est dépendant pour pouvoir continuer sa politique générale. La répression policière, expérimentée dans les banlieues depuis des décennies, déployée contre les Gilets jaunes en 2018-2019, exposée face à l'opposition contre la réforme des retraites au printemps dernier, en donne une illustration flagrante.
Faire contrepoids à gauche
Et si on ajoute que selon plusieurs enquêtes, la grande majorité des policiers votent à l'extrême-droite, la gauche ne peut pas rester bras ballants. D'où plusieurs réactions (salutaires) d'élus de la coalition Nupes, appelant notamment le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à révoquer le DGPN et le préfet de Police pour ce qu'il faut appeler une politique séparatiste (cf liens n°2, n°3). Et si le ministre ne le fait pas, est-ce que le président Emmanuel Macron le fera? Il y a de quoi en douter vu sa dépendance envers cet appareil d'État, évoquée ci-haut.
Mais lors de cette manifestation policière de 2021, certains dirigeants de partis de gauche, comme Anne Hidalgo et Olivier Faure (Parti socialiste), Yannick Jadot (Europe écologie-les Verts) ou Fabien Roussel (Parti communiste), des fraternalistes en somme, ont crû bon d'aller se pointer à proximité, quitte à louvoyer sur les raisons de leur présence par la suite, contrairement aux meneurs de la France insoumise qui se sont tenus à l'écart. Y compris François Ruffin, peu réputé pour critiquer la police. Vu la situation présente, ils ont intérêt à faire un sacré mea-culpa pour être crédible et faire contrepoids face à un métier qui a un rapport de force très favorable car il est fortement syndiqué. Dans une étude de la Dares datant de 2016, il était indiqué que près d'un policier sur deux était syndiqué. Ce qui est largement au-dessus du taux de syndicalisation moyen en France, à peine au-dessus de 10% de la population active. Mais selon un article de Libération au sujet des élections professionnelles dans la police l'an dernier, le taux de syndicalisation dans ce métier serait de... 90% (cf lien n°4).
Cela devrait faire réfléchir les syndicats en utilisant cet exemple pour expliquer aux exploités l'utilité de se syndiquer massivement pour contrecarrer le pouvoir du patronat et ainsi améliorer les conditions matérielles d'existence des travailleurs tout en développant un esprit égalitaire, antiraciste, socialiste, autogestionnaire. Un esprit à l'opposé de celui des syndicats de policiers, par conséquent.
En tout cas, cela fait écho au documentaire du journaliste Paul Moreira Au nom du maintien de l'ordre, où la dérive sécuritaire sur le long terme nous conduit à la situation présente.
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Darmanin sommé de réagir après les propos " gravissimes " du chef de la police nationale
Frédéric Veaux, directeur de la police nationale, estime que les policiers ne devraient pas être placés en détention provisoire.
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