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affaire Dieudonné: que cache la quenelle?

Publié le par JoSeseSeko

affaire Dieudonné: que cache la quenelle?

J'aurais 100 fois aimé que l'on parle du rejet de la levée de l'immunité parlementaire de Serge Dassault, ou de l'assassinat dans la région du Kivu d'un colonel de l'armée congolaise (zaïroise), vainqueur de la rébellion du M23, mais depuis fin décembre, un homme fait l'actu, pouvant masquer une lutte des classes à l'avantage de la classe bourgeoise contre la classe prolétarienne, je parle de Dieudonné M'bala M'bala.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, fait en sorte depuis 2 semaines que Dieudonné, humoriste à l'humour noir très cinglant pour les uns, propagandiste (avec son ami Alain Soral, ancien communiste passé un temps au Front national avant d'en partir) du FN (ce parti passéiste) pour d'autres, soit interdit de jouer sur scène son nouveau spectacle intitulé "le mur" et le ministre ne recule devant rien (circulaire auprès des préfets, des maires, accusation d'incitation à la haine raciale, recherche de problèmes fiscaux...) car il en a fait un objectif personnel, qu'il nie, cela va de soi. Du coup, jeudi 10 janvier, jour où devait commencer la tournée française de Dieudonné par Nantes, le tribunal administratif de cette ville a du se pencher sur la confirmation de l'interdiction demandée par le ministre via sa circulaire, ou son infirmation (donc l'autorisation du spectacle), défendue par les avocats de l'humoriste. Ce tribunal donne raison à Dieudonné. Mais quelques heures plus tard, le Conseil d'État donne raison à Valls. Bref, une cacophonie qui laisse un arrière-goût d'absence de séparation des pouvoirs et que les institutions (en l’occurrence, le Conseil d'État, fondé sous la période de pouvoir de Napoléon Bonaparte, le caïd) servent en fait le Prince, pour ne pas dire la classe dominante. Voilà pour les faits, qui vont sûrement évoluer au fil des prochains jours, vu qu'on va nous bassiner sur ce sujet, hélas! Comme c'est pathétique!

Mais je veux regarder sur un point précis ce que pense Dieudonné: avec toutes ses facéties, ses outrances considérées comme antisémites (avec ce fameux geste de la quenelle, considéré comme un salut nazi inversé), il pose un sujet de fond pour les historiens, et plus généralement, pour les citoyens. C'est la question de la mémoire, de la connaissance de grands crimes dans l'histoire de l'Humanité, qui seraient mis en concurrence, comme si c'était un marché. Là, je tiens à être clair: JE NE REJETTE PAS ce qu'on dit, ce qu'on enseigne sur la Seconde guerre mondiale, notamment sur le génocide des juifs blancs (il existe des juifs noirs et ils ne sont guère bien lotis en Israël, soit dit en passant) d'Europe. Au contraire, j'estime qu'on nous renseigne bien là-dessus, et c'est tant mieux. Par contre, ce que je reproche, c'est qu'on se montre INCAPABLES d'être autant exigeants en matière d'enseignement sur la traite négrière, par rapport au traitement réservé à la Shoah. Je sais pourquoi: améliorer l'enseignement sur l'esclavage serait devoir être critique envers Louis XIV et Napoléon Bonaparte, glorifiés par les historiens "bien-pensants", mais aussi être plus juste envers Maximilien Robespierre, appréhendé d'une légende noire car il aurait soi-disant instauré la Terreur et qu'il s'est permis d'abolir l'esclavage en 1794, acte humaniste par excellence. Et pourtant, des économistes se penchent sur les effets actuels de l'esclavage sur le continent berceau de l'Humanité. Il serait bon de revoir ceci, ce qui permettrait un abaissement des tensions au sein de la République française, qui accepterait (enfin) de regarder un autre passé honteux. Pour appuyer encore plus ces propos, qui pourraient être choquants mais pourtant criants de vérité, regardons les films français sortis sur la Shoah ou l'esclavage des africains depuis 2000: côté Shoah, je peux citer de tête Le Pianiste, Amen, La Rafle, Elle s'appelait Sarah. Côté traite négrière, c'est uniquement Case départ. D'ailleurs, je me souviens que pour ce dernier film cité, le polémiste de droite Éric Zemmour l'avait défendu dans l'émission "On n'est pas couché" (ce qui doit mettre la puce à l'oreille) et qu'un historien tel Claude Ribbe rejette ce film en bloc, tournant en ridicule l'esclave selon lui. En outre, il s'avère que Dieudonné eut, au début des années 2000, un projet de film sur l'esclavage intutilé Code Noir, projet refusé par le Centre national du cinéma (CNC), organisme public sous la tutelle du ministère de la Culture. La cause de ce rejet, selon Dieudonné, serait que ça parlerait de la participation de certains juifs dans le commerce triangulaire, ce qui est tout de même vrai sur certains exemples (attention à la généralisation). Si on compare outre-Atlantique, qui a connu une tradition esclavagiste qui aurait causé officiellement la Guerre de Sécession (mais la cause réelle est bien moins glorieuse, pour sûr), on assiste ces derniers temps (en raison du 150ème anniversaire de cet événement) à une recrudescence des films états-uniens sur l'esclavage, avec l'excellent Django Unchained de Quentin Tarantino, rappelant au passage l'ascendance nègre d'Alexandre Dumas, sorti fin 2012-début 2013, et bientôt sur les écrans français, Twelve years a slave.

Dernier point: au moment de l'affaire Guerlain, où le fabricant de parfums déclara, je cite: "je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin." Phrase pleine de contresens ouvertement négrophobe. Suite à ça, il y eut une manifestation fin 2010 (peu avant noël) à la boutique Guerlain des Champs-Élysées. J'y étais parmi les manifestants. Il y eut 3 personnalités que j'eus vu de mes propres yeux: Cyril Hanouna, Benoit Hamon (à l'époque porte-parole du Parti socialiste) et enfin Dieudonné. Mais où était Manu Valls? Pas parmi eux en tout cas!

J'espère ne plus avoir à gaspiller du temps, de l'énergie, pour cette histoire qui concerne deux personnes qui font un écran de fumée sur ce qui se passe en France et dans le monde!

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