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Une Union européenne à envoyer à la retraite

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Les 60 ans du traité de Rome, lançant la construction européenne jusqu'à son niveau actuel donnent l'occasion de faire un tour d'horizon sur le projet européen et son avenir, marqué par de grandes incertitudes, pour ne pas dire une tentation à la destruction.

"Putain 60 ans" pourrait s'exclamer la marionnette de Jacques Chirac dans Les Guignols à propos de la construction européenne. En effet, le 25 mars 1957 correspond à la naissance de la Communauté économique européenne, future Union européenne, avec le traité de Rome, entre six pays que sont la France, la République fédérale allemande, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (cf lien n°1). Ce traité institue une politique économique basée sur la préférence communautaire entre les six pays, dans un contexte marqué par la guerre froide entre les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Mais vu le contexte actuel au sein de l'espace communautaire, pour l'instant composé de 28 membres - avec un Royaume-Uni qui prépare sa sortie -, ce 60e anniversaire ne donne pas envie d'être à la fête (cf lien n°2).

"États-Unis d'Europe"

D'un point de vue philosophique, ce traité de Rome constitue une étape vers le rêve des "États-Unis d'Europe" que formulait l'écrivain et homme politique français Victor Hugo au cours du XIXe siècle. Un rêve d'une Europe pacifiée, tournée vers le progrès économique et social, garante de la démocratie, qui semblait prendre forme, d'autant plus que pour certains des pays fondateurs (France, Belgique), l'heure était venue pour reconnaitre les indépendances de leurs colonies respectives, même si ça devait passer par des guerres coloniales comme la guerre d'Indochine ou la guerre d'Algérie, qui existait depuis plus de deux ans au moment de la signature du traité. Par la suite, des institutions, telles la Commission européenne ou le Parlement européen, se sont progressivement développées à tel point que le droit européen est devenu prioritaire sur le droit de chaque pays membre. De même que dans l'intervalle, des élargissements ce sont faits, avec le Royaume-Uni, l'Irlande, le Danemark en 1973, la Grèce en 1981, l'Espagne et le Portugal en 1986.

Stoppons-nous à 1986 car c'est également l'année de la signature de l'Acte unique, affirmant un processus de libéralisation des économies des États membres, auquel le Royaume-Uni de Margaret Thatcher y trouvait son compte, avec son fameux "I want my money back". Processus amplifié avec le traité de Maastricht de 1992, que la France a ratifié par référendum avec un François Mitterrand qui y tenait coûte que coûte, mais qui s'est joué de peu (51%). Ce traité, instituant l'euro et l'Union européenne (UE), a marqué une rupture au sein des blocs politiques car à droite, le Rassemblement pour la république (ancêtre du parti Les Républicains) a mené campagne pour le "non", avec Philippe Séguin, alors que Chirac et Édouard Balladur optaient pour le "oui". À gauche, le Parti socialiste (PS) suivait en grande partie Mitterrand mais une partie de l'aile gauche, autour de Jean-Pierre Chevènement, défendait le "non", aux côtés du Parti communiste français (PCF), et dut quitter le parti après le référendum, fondant le Mouvement des citoyens, devenu le Mouvement républicain et citoyen (MRC) par la suite.

Déni de démocratie

Avec l'application du traité de Maastricht et l'instauration de l'UE, les élargissements ont continué avec l'entrée de l'Autriche, la Suède et la Finlande en 1995 et surtout, le grand élargissement de 2004 avec des anciens pays proches du bloc soviétique (Pologne, Lettonie, Estonie, Lituanie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie) plus Chypre et Malte. En outre, juste avant Maastricht, la réunification allemande qui provoqua un choc au sein de l'espace communautaire, avec une crise en 1992-1993. Avec l'élargissement de 2004, la question d'une constitution européenne s'est imposée avec le traité constitutionnel européen (TCE). Un traité essentiellement basé sur l'économie, avec une exigence accrue de libéralisation de secteurs auparavant liés à des monopoles publics (eau, gaz, électricité, transports, etc.). Autant dire que pour les partis dominants, c'est dans l'ordre des choses et qu'il faut régler cela par voie parlementaire. Mais Chirac, alors président de la République, voulut procéder par référendum, espérant faire le coup de Mitterrand lors de Maastricht. Échec total avec la victoire du "non" à 55% le 29 mai 2005. Et surtout un "non" de gauche où l'aile gauche du PS, autour de Jean-Luc Mélenchon - qui avait voté "oui" à Maastricht et a regretté ce choix depuis -, de Laurent Fabius ou d'Henri Emmanuelli - mort mardi 21 mars 2017 -, une partie des Verts, le MRC de Chevènement, le PCF, la Ligue communiste révolutionnaire ou Lutte ouvrière ont joint leurs forces sur ce référendum (cf vidéo ci-dessous).

Mais comme les cadres des partis dominants, plus les mass media ayant roulé pour le "oui", n'ont pas digéré cette défaite, la revanche sur le peuple se fit en février 2008 quand Nicolas Sarkozy, alors président de la République, fit voter par un congrès réuni à... Versailles le traité de Lisbonne, copie conforme du TCE rejeté près de trois ans auparavant. Un exemple flagrant de déni de démocratie qui marque une rupture entre les citoyens et leurs dirigeants politiques.

Une UE en crise

Depuis ce TCE, rejeté par la France et les Pays-Bas par référendum, l'UE se trouve en crise et se montre incapable d'être rationnelle dans l'intérêt des peuples. Pis, avec la crise de 2008-2009, elle s'enfonce dans une logique austéritaire que l'Allemagne revendique fortement, avec son leadership politique et économique qui devrait être sanctionné, en vertu des traités en vigueur, mais que la Commission européenne ne veut pas faire appliquer envers Berlin, perçu comme "bon élève", prouvant que l'adage "on ne prête qu'aux riches" a encore de beaux jours devant lui. D'ailleurs, cette même Commission européenne, où gouvernent des technocrates, se montre intraitable envers les pays européens en difficultés tels l'Espagne, le Portugal, l'Italie, l'Irlande et surtout la Grèce. Et quand celle-ci ose élire un gouvernement de gauche radicale, Bruxelles montre les crocs et torpille le pouvoir élu pour le faire rentrer dans le rang de l'austérité, comme il l'a fait le 13 juillet 2015. Et ce, même si l'austérité ne fait qu'aggraver la dette publique et que le Fonds monétaire international reconnait volontiers ces quatre dernières années, vu les erreurs de nombreux économistes orthodoxes.

Deux phénomènes aggravent la situation économique de l'UE. Premièrement, le poids de l'euro, en tant que monnaie unique, est trop important pour la majorité des pays membres de l'union économique et monétaire, qui ont perdu non seulement un pan de souveraineté, mais aussi un élément de souplesse contra-cyclique alors que la politique budgétaire est contrôlée en raison du pacte de stabilité établi suite au traité de Maastricht. Et comme l'indiquent depuis plusieurs années des économistes tels Frédéric Lordon ou Jacques Sapir, c'est que l'euro est en réalité un choc asymétrique strictement positif pour l'Allemagne car basé sur les critères monétaires outre-Rhin, avec une Banque centrale européenne (BCE) devant être obsédée par la lutte contre l'inflation. Or, depuis quelques années, c'est la déflation qui menace la zone euro. Deuxièmement, l'UE est la région économique la plus angélique à l'égard de la mondialisation. Elle suit de manière idéologique une politique de libre-échange à l'égard du reste du monde alors que ce dit reste du monde tend à remettre en avant une dose de protectionnisme pour vouloir s'enrichir. Et bien entendu, le protectionnisme sert avant tout les plus riches. Ce n'est pas un hasard si les États-Unis sous Barack Obama et avec Donald Trump veulent renforcer leurs barrières à l'entrée et que la Chine est connue pour faire également du protectionnisme. Et du coup, l'Europe se montre cocue et ce sont les citoyens les plus pauvres qui trinquent.

Une (extrême) droitisation continue

Du coup, au niveau politique, plusieurs conséquences deviennent visibles. D'abord, les citoyens des pays de l'UE vont bouder les urnes car ils se disent de manière rationnelle que leur avis n'est pas respecté par les technocrates, par les gouvernants. Alors pourquoi se casser la tête à aller voter dans ce cas de figure, alors qu'il prend un "cens caché"? Ensuite, l'union entre l'euro et l'austérité a un but politique. Celui d'éliminer toute tentative en provenance de la gauche radicale, de déconsidérer la capacité d'alternative que comporte cette partie de l'échiquier politique et d'obliger les personnes qui sont sensibles à cette ligne à se montrer timides dans leurs propositions, comme la révision des statuts de la BCE par exemple. L'exemple du débat entre Jacques Généreux et Thomas Piketty, vendredi 17 mars, est assez clair sur ce point car l'idée d'un Frexit, fut-ce-t-il de gauche, est relativement taboue. De même que le martyre grec a enrayé une dynamique positive pour la gauche radicale dans les pays de l'UE. Avec l'Europe, la social-démocratie s'est mariée avec le social-libéralisme pour le pire, creusant ainsi sa propre tombe, comme en témoigne les exemples du Pasok en Grèce, du PSOE en Espagne ou du SPD en Allemagne, même si dans ces deux derniers exemples cités, ça reste assez compact. Et enfin, la montée de l'extrême-droite dans les pays européens, qui se rapproche petit à petit du pouvoir, avec les élections législatives néerlandaises du 15 mars montrant la progression du Parti pour la liberté de Geert Wilders, allié au Front national de Marine Le Pen qui aspire au pouvoir en France. D'aucuns diront qu'il existe encore un plafond de verre pour cette composante de l'échiquier politique mais ce plafond pourrait très bien s'effondrer. L'Autriche a indiqué cette éventualité en 2016 avec le FPÖ.

Bref, la construction européenne vieillit très mal!

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