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Une chambre introuvable du capital s'annonce en France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: RICHARD BOUHET / AFP

Photo: RICHARD BOUHET / AFP

Les résultats du premier tour des élections législatives et les premières projections faites de la future Assemblée nationale montrent une domination du mouvement La république en marche, fondé par Emmanuel Macron, le nouveau président de la République. Et ça prendrait des allures dignes de la Chambre introuvable, collant bien à l'esprit de la Ve République, qui cache une monarchie républicaine avec un Parlement servant de lieu d'enregistrement des volontés du pouvoir exécutif.

Les résultats du premier tour des élections législatives piquent aux yeux! En effet, le mouvement La république en marche, du président Emmanuel Macron, sort en tête avec environ 32% des voix. Ce mouvement, allié au Modem de François Bayrou, ministre de la Justice, pourrait rafler plus de 400 sièges, ce qui serait un record pour une majorité législative. Les restes seraient entre l'alliance LR-UDI (95-120 sièges), le Parti socialiste et ses alliés (15 à 25 sièges), ou des députés issus de la France insoumise ou du Parti communiste (11 à 21 sièges). Quant au Front national, il pourrait avoir 5 élus maximum selon différentes projections.

Une République conservatrice

Toujours est-il que si l'idée d'une majorité pour LREM est très probable, elle serait la majorité la plus faible, électoralement parlant, de l'histoire de la Ve République. Au premier tour, 51% des électeurs se sont abstenus, à l'échelle nationale. Or, comme on le sait, cette donnée cache de nombreuses disparités. Et tout particulièrement des disparités sociologiques qui s'expliquent à travers le concept de "cens caché", cher au politologue français Daniel Gaxie, selon lequel on est davantage incité à voter quand on est issu de la classe dominante car les gouvernants viennent également de cette classe dominante. Inversement, les milieux populaires, la classe exploitée, est moins incline à l'idée de voter car elle sent - consciemment ou non -, qu'elle se fera piéger. Par exemple, du côté du Finistère ou de la Gironde, des départements où la qualité de vie est vue comme agréable, avec un taux de chômage respectivement de 8,8% et de 9,8% au quatrième trimestre 2016 (moyenne nationale: 10%) selon l'Insee, ça a davantage voté que dans la moyenne nationale et ce vote était davantage pour Macron, car ça a confiance. Inversement, en Seine-Saint-Denis, département où le taux de chômage était de 12,7% au quatrième trimestre 2016, près des 2/3 des électeurs ont préféré s'abstenir, ne se reconnaissant pas dans le nouveau pouvoir en place, et les rares votants se sont relativement tournés vers un vote pour la gauche radicale (France insoumise ou Parti communiste).

Mais même si l'abstention devait s'accroitre au second tour, le président et sa majorité n'en auraient cure car grâce à ce cens caché, ils pourraient ainsi disposer des pouvoirs que permettent la Constitution de la Ve République, que François Mitterrand fustigeait - avant de s'en accommoder de 1981 à 1995 -, en parlant de "coup d'État permanent". On peut même aller vers des références plus anciennes. Cette future Assemblée, si elle se confirme, serait porteuse d'une République conservatrice telle que la souhaitait Adolphe Thiers, au 19e siècle. Tout particulièrement en empêchant le prolétariat et le camp socialiste de monter en puissance, afin de préserver "les grands intérêts" bourgeois. On pourrait même dire que cette future majorité formerait une nouvelle "Chambre introuvable", à l'instar de celle qui s'était formée en 1815, suite à la défaite finale de l'Empire de Napoleone Buonaparte - pardon, Napoléon Bonaparte -, se montrant favorable à la conservation de l'ordre social, réprimant tout ce qui pouvait lui paraitre subversif ou rappeler des souvenir de la Révolution française. Et vu le projet gouvernemental d'inscrire dans le droit commun des dispositifs issus de l'État d'urgence, tels les perquisitions administratives ou les assignations à résidence, il y a de quoi s'inquiéter de cette potentielle Chambre introuvable du capital.

Une Bérézina à gauche

Si Macron pourrait disposer d'une immense majorité dans une semaine, c'est surtout en raison d'un fracas complet à gauche. Du côté du Parti socialiste, le mot d'ordre "nous ne voterons plus jamais PS", issu du mouvement social contre la loi El Khomri, a été respecté. Pour preuve, plusieurs figures du PS, telles Jean-Christophe Cambadélis, Benoît Hamon, Patrick Mennucci, Aurélie Filippetti, Matthias Fekl, ou encore Jean Glavany, ont été éliminées dès le premier tour. Ce qui confirme que le PS suit une voie de pasokisation, comme d'autres partis socialistes ou sociaux-démocrates en Europe qui ont épousé le social-libéralisme, pour le pire. Sans mauvais jeu de mot, les députés écologistes sont une espèce en voie d'extinction, avec pour symbole, l'élimination de Cécile Duflot au premier tour, à Paris.

Cette Bérézina, qui pourrait se transformer en Waterloo le 18 juin prochain, est également causée par les luttes intestines entre alliés politiques. Ce qui est le cas entre la France insoumise et le Parti communiste. Des deux côtés, ça se renvoyait la responsabilité de l'échec quant à la question d'un accord national sur la répartition des circonscriptions, afin de limiter le cas de figure d'une candidature insoumise et d'une candidature communiste dans une même circonscription. Résultat des courses, plusieurs circonscriptions qui étaient largement gagnables pour la gauche radicale, que ce soit via la FI ou le PC, iront vers le PS ou, plus vraisemblablement, vers LREM. Un exemple? La cinquième circonscription du Val-d'Oise. À la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon était sorti en tête dans les villes composant cette circonscription (Argenteuil et Bezons). Au premier tour des législatives, ni la candidate insoumise - Françoise Pacha-Stiegler -, ni le candidat communiste - Dominique Lesparre -, n'ont été en mesure de se qualifier au second tour, alors que leur score combiné le permettait parfaitement. Et il aurait été encore plus fort car ces bisbilles entre FI et PC ont fait fuir les électeurs, notamment les prolétaires non-blancs, qui pouvaient se reconnaitre au niveau des idées. Mais ça, les États-majors n'ont pas l'air de l'avoir compris, tellement les crises d'ego ont pris le dessus sur l'idée du rassemblement des forces.

Dieu que les politiciens de nos jours sont bêtes!

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