La COP21: une bataille climatique perdue d'avance?

Publié le par JoSeseSeko

La COP21: une bataille climatique perdue d'avance?

La réunion annuelle sur le climat, qui se tiendra à Paris durant deux semaines, risque de ne pas donner grand-chose en matière de résolution du réchauffement climatique, d'autant plus que le contexte international ne range pas ce sujet parmi les priorités des pays développés.

L'optimisme n'est pas de rigueur en matière d'écologie. La conférence sur le climat, 21e du nom, débutera lundi 30 novembre en France, au Bourget. Un sommet où la plupart des chefs d'État, ainsi que nombre de représentants d'entreprises seront présents pour débattre sur le réchauffement climatique et les moyens à mettre en œuvre pour le limiter à une hausse de la température globale de 2°C d'ici 2100, vu qu'il semble inéluctable. Et ces moyens devraient aboutir à un nouveau protocole, qui serait appelé "protocole de Paris", à la place du protocole de Kyoto qui est en demeure.

Échec de Kyoto

Le moins que l'on puisse dire, c'est combien la COP21 amène à devoir rectifier les engagements issus du protocole de Kyoto, signé en 1997 et appliqué en 2005. Et encore, rectifier est un mot faible car le texte signé dans l'ancienne capitale du Japon n'a pas réussi à être contraignant au niveau des émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial. En effet, les émissions de dioxyde de carbone, principal GES n'ont cessé d'augmenter ces dernières années (exception faite de la crise de 2008-2009), selon le Global carbon project, un site spécialisé dans les données d'émissions de GES. Pour une raison assez logique: la croissance économique est tirée par les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon, etc.) dans la majeure partie du globe. Et le scénario "positif" d'une hausse de 2° de la température terrestre d'ici 2100 semblerait être farfelu, tandis que le pire scénario (hausse de plus de 3°) y gagnerait en crédibilité si la croissance des émission de CO2 reste constante (environ 2% par an).

D'ailleurs, la seule zone économique où ces émissions se sont réduites, conformément au protocole de Kyoto, c'est l'Union européenne. Mais faut croire que cette approche vertueuse de la part du "vieux continent" se paie cher dans son développement économique, alors qu'elle est à-même de pouvoir renverser ses structures productives vers les énergies renouvelables (solaire, éolien, photovoltaïque, etc.). Néanmoins, pour un pays comme la France par exemple, ces énergies sont comparativement moins rapporteuses que le nucléaire, dont le potentiel de destruction est connu, mais moins le fait que c'est une énergie qui n'émet pas de GES. Un dilemme d'autant plus que le nucléaire est mal-aimé depuis l'incident de Fukushima en 2011.

Vase clos

Mais le plus bizarre dans cette histoire de conférence internationale, c'est qu'elle va se réaliser dans un vase clos. En effet, dès le début de novembre, le ministère de l'Intérieur avait indiqué que la France sort de l'espace Schengen pour la durée de l'événement, de manière à maximiser la sécurité des intervenants. Logique et normal, quand on y songe. Mais depuis les attaques du 13 novembre à Paris et l'application allongée de l'État d'urgence, en raison de la menace terroriste et du choc des impérialismes qui se déroule en Syrie, les manifestations prévues depuis longtemps dans le cadre de la COP21 par les ONG écologistes sont interdites par le gouvernement.

Mais ces dernières comptent quand même braver l'interdit et manifester le dimanche 29 novembre. Plusieurs collectifs et personnalités ont signé un appel au maintien des manifs préparées afin que la question du changement climatique soit une question citoyenne, pas seulement aux mains des leaders politiques internationaux (cf liens n°1, 2 et 3). Puis, après tout, vouloir interdire sur un sujet qui concerne tous les êtres humains, c'est donner raison aux terroristes en considérant l'hypocrisie occidentale sur la question des libertés individuelles face à un nihilisme destructeur mais pourtant, ancré dans le mode de production capitaliste de ces dernières décennies qui détruit davantage qu'il ne crée, contrecarrant la théorie de la "destruction créatrice", chère à l'économiste autrichien Joseph Schumpeter.

Des petits pas qui comptent

Pour ceux qui imagineraient que la COP21 aboutirait à un grand accord, avec des engagements fermes, précis et rapides, pour limiter le réchauffement de la planète, risquent de tomber de très haut. Néanmoins, dire qu'il n'y a pas de prise de conscience, ce serait exagéré. L'exemple de la religion catholique est parlant avec l'encyclique "Laudato Si" du pape François en milieu d'année où le souverain pontife met en exergue le fait que la crise climatique va toucher en premier lieu les peuples les plus pauvres, où la démographique est également très forte, ce qui peut gêner dans la constitution de revenus stables et décents. Néanmoins, pour ceux qui ne sont pas aliénés par cet "opium du peuple"-là, cette encyclique est le "Rerum novarum" du XXIe siècle, où le pape François, cette nouvelle "voix futée" de l'Église, prend les capitalistes, les bourgeois et les dirigeants politiques par les bons sentiments car ils risquent de renforcer l'écosocialisme, le socialisme, par leurs méfaits sur la vie humaine via l'environnement.

Mais des pas semblent être faits ces derniers temps. D'après La Tribune, la majorité des pays a remis, courant novembre, à l'Organisation des nations unies, des promesses de contributions volontaires dans la réduction des GES. Parmi eux, les deux pays les plus pollueurs du monde, que sont la Chine et les États-Unis. Pékin déclare vouloir plafonner ses émissions d'ici 2030, au plus tard, en réduisant son "intensité carbone" (émissions de CO2 rapportées à la croissance) et en investissant encore davantage dans les énergies renouvelables; sachant qu'il est le premier investisseur mondial. Pour sa part, Washington s'engage à réduire de 26 à 28% ses émissions d'ici 2025 par rapport à 2005. Un geste inédit outre-Atlantique, vu la présence d'un lobby climato-sceptique puissant, mais peut-être éphémère car la majorité républicaine au Congrès entend bien torpiller ce baroud d'honneur du président démocrate Barack Obama. Et ces deux pays n'ont pas signé le protocole de Kyoto. Peut-on vraiment les croire? Il y a de quoi en douter pour certains, tout comme au sujet d'autres pays (Russie, Inde, Japon, etc.).

Un partenariat intéressé chez les entreprises

Cette COP21 bénéficie d'un grand nombre de partenariats de la part de plusieurs grandes entreprises. À tel point que des journaux comme l'Humanité (cf lien n°4) et Bastamag (lien n°5) soulèvent des interrogations sur le changement soudain de stratégie de la part de certaines d'entre elles.

L'article de l'Huma porte sur des éventuels conflits d'intérêt entre partenaires de la COP21, comme Auchan ou BNP Paribas. Avec l'idée que la mise en place de conférences de presse montrant un visage écolo du groupe serait de nature à calmer les esprits. Pourtant, le projet de grand centre commercial Auchan du côté de Gonesse (Val-d'Oise) serait plutôt vu comme énergivore (80 hectares de terres agricoles en moins plus piste de ski avec neige artificielle), ce qui ne gêne guère une banque comme BNP Paribas, ayant beaucoup de considération pour ce genre d'investissement. Dans Bastamag, les géants pétroliers et gaziers sont pointés du doigt pour leur hypocrisie, comme par exemple Engie. Anciennement appelée GDF Suez, Engie est le partenaire officiel de ce sommet international. Depuis peu, l'entreprise a signalé l'arrêt de tout projet de nouvelle centrale à charbon, afin de réduire ses émissions de GES, ayant "pris conscience" des risques environnementaux désormais. Néanmoins, des reportages comme celui de France 2 indiquent que la firme française a réactivé des centrales thermiques en Pologne qui n'étaient plus utilisées depuis la fin du bloc de l'Est. Puis, grande revendication commune, Engie, Total et d'autres entreprises tiennent à l'existence d'un "prix mondial" du carbone, géré uniquement par le secteur privé. En fait, c'est pour éviter toute régulation publique contraignante et surtout, selon Bastamag, torpiller toute loi de transition énergétique les obligeant à utiliser davantage d'énergies renouvelables pour être plus efficaces au niveau énergétique.

En tout cas, rendez-vous le 12 décembre.

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