Des perquisitions envers la France insoumise pour quelles conséquences?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

Photo: Capture d'écran

Les perquisitions au sein des domiciles de Jean-Luc Mélenchon, de certain(e)s de ses partisan(e)s et des sièges de la France insoumise (FI) et du Parti de gauche ont fait couler beaucoup d'encre et exacerbé des tensions sur les réseaux sociaux. Il n'en demeure pas moins l'impression d'un malaise qui ne peut pas être sans conséquence politique, notamment à l'approche des élections européennes.

C'est l'affaire de la semaine politique. Depuis le mardi 16 octobre, il est difficile de ne pas parler de la série de perquisitions chez Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, de plusieurs de ses camarades, ainsi que des sièges du Parti de gauche et de la France insoumise. Ces perquisitions qui sont inscrites dans le cadre de deux enquêtes préliminaires du parquet de Paris, l'une pour soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen, sur base d'une dénonciation d'une membre du Rassemblement national (ex-Front national); l'autre sur les comptes de la campagne présidentielle de Mélenchon en 2017. Les images qui ont circulé de ces perquisitions montrent une tension extrême, mais surtout une attitude contradictoire chez Mélenchon et certains membres de la FI. Pourquoi je dis ça? Parce que ça fait des discours sur la "police républicaine" dans le mouvement, qu'il faudrait la respecter et que parler de violences policières, de racisme institutionnel dans cette institution, où les intentions de vote RN sont devenues majoritaires, c'est incompréhensible vu le logiciel fraternaliste au sein de la FI. Mais là, en raison de la perquisition, le ton monte, ça s'insurge contre les flics et les magistrats et ça appelle à résister. Sur la forme, c'est facile de dire ça quand l'immunité parlementaire le permet. Et je vais me répéter, si jamais je me fais perquisitionner un jour et que je réagis de la même manière que Mélenchon, moi, citoyen français afro-descendant, de surcroît, je serais immédiatement en garde à vue, voire en détention provisoire en attendant un procès pour "outrage à magistrat", "outrage à fonctionnaire de police" et "rébellion".

Tensions exacerbées, maladresse

Comme dit le proverbe: "la meilleure défense, c'est l'attaque". La réponse de la FI, ainsi que de Mélenchon, ne se fait pas attendre. Le mouvement accuse le pouvoir de mener une "opération politique" prenant pour cible cette force politique de gauche, vu que l'enquête préliminaire est menée par le parquet, dont la question de son indépendance par rapport au ministère de la Justice, donc du pouvoir politique, pose problème. Puis avec la médiatisation qui en est faite, c'est aussi une critique des mass media que la FI, dans son ensemble, met en place car nombre de médias dominants, et leurs éditorialistes "chiens de garde", s'en donnent à cœur joie dans le dénigrement de Mélenchon et de la FI, l'accusant de tous les maux - populisme, volonté révolutionnaire à la sauce chaviste, culte du chef, etc. -. Et sur les réseaux sociaux, c'est surtout le journal Mediapart qui est sous le feu des critiques de la FI suite à la publication, vendredi 19 octobre, d'un article indiquant avoir des éléments des enquêtes préliminaires. Et tout particulièrement sur Sophia Chikirou, l'ex-directrice de la communication de la campagne de Mélenchon en 2017, en raison de factures vues comme très chères de la société Mediascop, dont Chikirou en est la dirigeante, envers la FI. Puis le journal  évoque une "relation extra-professionnelle" entre Mélenchon et Chikirou. De quoi faire sortir de ses gonds le député des Bouches-du-Rhône considérant que Mediapart se comporte comme un "torchon", appelant ses soutiens à se désabonner du pure player. Les tweets qui suivent sont parlants:

Néanmoins, pour le cas de Chikirou, ce n'est pas la première fois qu'elle se retrouve dans une situation où la question financière est au centre de la problématique. Ancienne directrice du pure player Le Média, elle est en conflit avec la nouvelle direction depuis l'été 2018, car cette dernière accuse l'ancienne direction, notamment Chikirou, d'avoir menti sur les finances du Média, et la communicante aurait l'intention de faire un procès au Média, et le gagner pour percevoir des dommages et intérêts. Ce qui pourrait faire couler le journal, vu ses difficultés à pouvoir se financer. Entre-temps, Mélenchon a commis une maladresse, mercredi 17 octobre, à l'Assemblée nationale, face à une journaliste toulousaine de France 3, en imitant son accent et en indiquant ne pas comprendre sa question de manière claire. Du pain béni pour la presse mainstream qui saisit la perche tendue par Mélenchon en l'accusant de mépriser les accents alors qu'il est élu député à Marseille, voire même du racisme, aux yeux de Jean-Michel Apathie, un de ces "chiens de garde" bien opportuniste, ainsi que la majorité présidentielle, qui en profite pour faire une proposition de loi sur la glottophobie. Et ce, même si ce dernier, lors de sa conférence de presse du vendredi 19 octobre, a tenu à s'excuser auprès de cette journaliste. Puis à vouloir taper sur Mediapart, par exemple, Mélenchon s'inscrit dans les pas de... François Fillon, qui reprochait à ce journal, parmi d'autres, de pratiquer un "lynchage médiatique" par rapport à l'enquête sur d'éventuels emplois fictifs de sa femme, Pénélope, durant la présidentielle de 2017 et Mélenchon ne se gênait pas d'indiquer que Fillon et Marine Le Pen étaient visés par des enquêtes judiciaires.

Flinguer l'opposition de gauche

Maintenant, la question qui se pose est la suivante: quelles conséquences politiques dans cette histoire? Pour l'instant, la majorité des dirigeants de partis de gauche vient au soutien de la FI, considérant qu'elle subit un contrôle "particulier" de la part des institutions policières et judiciaires. Sans compter les militants insoumis, profondément indignés du traitement réservé à leur mouvement, radicalisent leur pensée à l'heure actuelle. Est-ce que ça peut déboucher sur un rassemblement pour les élections européennes de mai 2019? Il y a de quoi en douter car les divisions au sein de la FI sur la stratégie à adopter - populisme de gauche vs rassemblement de la gauche - pourraient ressurgir, alors que l'aile gauche du Parti socialiste, autour d'Emmanuel Maurel et de Marie-Noëlle Lienemann, a quitté ce parti pour vouloir former une alliance avec le Mouvement républicain et citoyen et la FI pour ces élections. De même que d'autres listes de gauche, notamment les écologistes, les communistes ou les partisan(e)s de Benoît Hamon, critique à l'égard de Mélenchon, qu'il surnomme le "nouveau César", sont en lice pour les européennes et que former une liste unitaire semble très mal parti pour l'instant.

Puis il reste des citoyen(ne)s qui ne sont pas encarté(e)s politiquement, qui l'ont été, et qui considèrent que c'est un spectacle pathétique, pitoyable, qu'offrent Mélenchon et ses camarades insoumis, notamment celles et ceux qui vivent en banlieue, pour qui le mot violence policière n'est pas étranger dans leur vocabulaire. Enfin, il y a de quoi se dire que le pouvoir exécutif, notamment le président Emmanuel Macron, a une occasion de flinguer l'opposition de gauche pour se poser en rempart hypocrite du progressisme face au nationalisme, puis a droit à un effet d'aubaine vu l'été pourri qu'il a connu, en raison de l'affaire Benalla, qui est loin d'être terminée, car le coffre-fort d'Alexandre Benalla n'a toujours pas été retrouvé et qu'il serait bon que les enquêteurs y mettent la main dessus, pour voir si une arme ou des documents y traînent, déterminant le rôle de Benalla à l'Élysée, ses faits et gestes, afin de vérifier s'il n'y aurait pas de contradiction avec ses propos durant son passage devant la commission d'enquête du Sénat en septembre dernier.

En tout cas, vivement qu'on se débarrasse de la Ve République!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article