Une leçon pour un XV de France perfectible et prometteur

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Si le XV de France termine de nouveau à la deuxième place du Tournoi des VI Nations, comme l'an dernier, la fin du Tournoi, avec cette défaite contre l'Écosse à domicile laisse un côté amer, remettant en perspective des limites dans le groupe géré par Fabien Galthié durant ce Tournoi, sans pour autant mettre de côté les acquis, notamment au niveau offensif.

Une fin en queue de poisson. C'est ainsi que je résumerais le match en retard France-Écosse, clôturant le Tournoi des VI Nations 2021, avec la victoire des écossais sur le fil 27 à 23, une première sur le sol français depuis 1999. D'ailleurs, le XV du Chardon a réalisé un très bon tournoi en allant également gagner en Angleterre - une première depuis 1983 - et s'ils n'avaient pas déconné contre le Pays de Galles à domicile (défaite 24-25), ils auraient dû être les gagnants du Tournoi, à la place du Pays de Galles, qui s'est vu priver d'un Grand Chelem par... le XV de France sur le fil, la semaine dernière (victoire française 32-30).

Allant offensif

Avant de parler de certaines choses qui fâchent, bien des choses positives sont à retenir. Tout d'abord, un allant offensif qui fait plaisir puisque le XV de France a marqué 18 essais durant ce Tournoi des VI Nations, égalant son record de 2006. Il faut dire qu'avec des talents comme le demi de mêlée Antoine Dupont, le demi d'ouverture Matthieu Jalibert, les trois-quarts aile Damian Penaud et Teddy Thomas, l'arrière Brice Dulin ou encore les trois-quarts centre Virimi Vakatawa, Gaël Fickou ou Arthur Vincent, sans oublier le troisième-ligne aile et capitaine Charles Ollivon, le XV de France peut compter sur des joueurs capables d'exploiter le moindre espace entrouvert et filer en terre promise.

Ensuite, autre satisfaction, c'est la première ligne Cyril Baille-Julien Marchand-Mohamed Haouas. Ce trio a débuté tous les matchs du Tournoi et a affiché une bonne régularité en mêlée, ainsi que dans le jeu courant. Tout particulièrement Baille, dont la technique ballon en main aide à fluidifier le jeu et à faire jouer ses partenaires. Mais aussi Marchand pour sa capacité à aller gratter des ballons dans les rucks et une certaine régularité en touche. Enfin, il y a une force mentale dans ce groupe France qui est présente, se manifestant du reste lors de la victoire contre le Pays de Galles, et l'essai de Dulin en toute fin de match, après un carton rouge adressé au deuxième-ligne Paul Willemse à 10 minutes de la fin pour un déblayage illicite dans une action d'essai pour... Dulin et que les bleus étaient menés au score. Signe que l'esprit de corps véhiculé par le sélectionneur Fabien Galthié et son staff fonctionne et rend le XV de France redoutable au sein du rugby mondial.

Gestion globale perfectible

Néanmoins, ça n'a pas suffi pour prétendre à la victoire finale dans le Tournoi et bien des reproches sont à adresser à Galthié et son squad. En premier lieu, l'émergence d'un foyer épidémique rendant la moitié de l'effectif malade du Coronavirus, plus le staff - dont Galthié lui-même - après le match gagné en Irlande, obligeant le report de France-Écosse, initialement prévu le 6 mars dernier. Les circonstances de cette contamination restent encore peu claires, mais il y a un manque de respect évident de la bulle sanitaire que devaient respecter les joueurs et le staff dès le début du Tournoi, enrayant la machine bleue vu que plusieurs joueurs contaminés par le Coronavirus ont passé un mois sans jouer et que cela s'est ressenti lors de la défaite en Angleterre (20-23).

Ensuite, le coaching de Galthié a manqué de clairvoyance, de compréhension. En Angleterre, trois des huit "finisseurs" - en l'occurrence le troisième-ligne Anthony Jelonch, le demi de mêlée Baptiste Serin, le demi d'ouverture Romain Ntamack - ne sont pas du tout rentrés dans ce match, les autres étant rentrés pour les 10-15 dernières minutes. Contre l'Écosse, le banc n'a pas apporté un second souffle espéré pour aller chercher la victoire alors qu'une semaine auparavant, il a été décisif pour vaincre le Pays de Galles en étant actif bien plus tôt.

Enfin, les joueurs eux-mêmes ont des moments où ils manquent de lucidité. En Irlande, le troisième-ligne aile Dylan Cretin commet une faute permettant aux Irlandais d'aller chercher la victoire en fin de match, heureusement sans conséquence. En Angleterre, Dulin tente un drop de 50 mètres en étant sur la gauche des poteaux à 15 minutes de la fin du match au lieu de tenir le ballon et d'aller à proximité du soutien. Contre l'Écosse, un lancer en touche de Marchand en toute fin de première mi-temps intercepté par les Écossais à cinq mètres de leur ligne d'en-but alors qu'ils étaient en infériorité numérique, puis Dulin, en toute fin de match, qui ne dégage pas le ballon en touche alors que les Français menaient au score et qu'il se fait pénaliser au sol, offrant la balle de match aux Écossais. Sans oublier des points perdus au pied par Jalibert en Irlande et par Ntamack contre l'Écosse. Le diable se niche dans les détails!

Rééquilibrage du rugby

Ce qui faisait la force du rugby prôné par Galthié et ses joueurs l'an dernier, c'était un rugby de dépossession où les bleus laissaient le ballon à l'adversaire pour qu'il s'use au contact de la rush défense tricolore et qu'à la moindre récupération, la vitesse d'exécution française punissait cliniquement les équipes adverses. Et ce, au risque d'une indiscipline importante. Si en 2020, cette indiscipline fut compensée, en 2021, ce n'est plus tellement le cas car l'arbitrage sanctionne de plus en plus l'équipe qui défend puis quand des joueurs comme le deuxième-ligne Bernard Le Roux ou le troisième-ligne aile François Cros manquent à l'appel ou ne sont pas à 100% pour pouvoir ferrailler avec des plaquages offensifs, le bloc subit davantage à l'impact. Cela s'est vu sur les derniers matchs du Tournoi.

De même que quand les bleus ont la possession du ballon pendant un long moment, ils peuvent pousser leurs adversaires à la faute se faciliter la vie, d'autant que techniquement parlant, les joueurs en sont capables. Cela s'est vu avec l'essai victorieux de Dulin contre le Pays de Galles, concluant une action de plus d'une minute trente, avec 11 temps de jeu. De même que contre l'Écosse, une longue possession du ballon dans les 22 mètres écossais a provoqué de multiples fautes des écossais sur la fin de la première mi-temps.

Galthié, qui est un entraîneur attentif aux évolutions de l'arbitrage dans le rugby, tiendra forcément compte de cela pour rééquilibrer le rugby qu'il propose, pour avoir davantage de possession car les adversaires se mettent régulièrement à la faute quand les Français ont le ballon et de mieux gérer les temps faibles, en évitant de trop laisser le ballon aux équipes adverses et en étant plus offensif sur les plaquages. Quant à certains postes clés, notamment celui du demi d'ouverture, Galthié a un problème de riche entre Ntamack et Jalibert. Je mets Ntamack en premier car il a été le n°10 titulaire en 2020 et sans sa blessure à la mâchoire, il aurait été le titulaire du poste dès le début du Tournoi, de par son profil de gestionnaire et de plaqueur très efficace. Mais Jalibert, au profil plus offensif et plus imprévisible, a mis de l'eau dans son vin et a su s'adapter aux exigences du staff, bien qu'il reste perfectible défensivement. D'ailleurs, les gallois ne s'y étaient pas trompé en cherchant systématiquement sa zone lors du match France-Galles et que Jalibert dût sortir blessé au bout de 30 minutes de jeu, Ntamack prenant le relais et retrouvant Dupont, son partenaire de club (Stade Toulousain), à la charnière.

Il ne manque pas grand-chose pour que de nouveaux titres, voire Grands Chelems, reviennent dans l'escarcelle tricolore. À Galthié et ses joueurs de peaufiner les points faibles.

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