Un passe sanitaire à faire passer en force de la part du pouvoir

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Olivier R

Photo: Flickr/Olivier R

Tandis que le débat parlementaire s'organise au forceps sur l'état d'urgence sanitaire et les dispositifs en place, notamment l'extension du passe sanitaire, le débat qui fait suite à l'allocution présidentielle du 12 juillet montre combien la liberté peut vite être mise en touche et que la Ve République est bien dangereuse à maintenir telle quelle.

"Diviser pour mieux régner" dit le proverbe. Au moins, Emmanuel Macron a appris cela par cœur pour savoir l'utiliser à son profit, vu les discussions houleuses depuis son allocution du 12 juillet, incitant sournoisement à la vaccination obligatoire en France - lui qui affirmait ne pas mener une telle mesure le 24 novembre dernier - via l'extension du passe sanitaire aux lieux accueillants plus de 50 personnes (cinémas, musées, théâtres, piscines, salles de sport, etc.) dès ce 21 juillet, puis aux bars, restaurants, centres commerciaux de plus de 20.000 m², ou encore campings à partir du 1er août. Même si dans le cas des restaurants, ce serait en "rodage", selon l'expression du Premier ministre Jean Castex, pour qui l'objectif est d'avoir 50 millions de Français ayant reçu au moins une dose vaccinale fin août (cf lien n°1). Encore faut-il éviter qu'il y ait de nouveau une pénurie de doses en raison de la thérapie de choc provoquée par le pouvoir (cf lien n°2)!

Delta plane sur la France

L'évolution du Coronavirus, à travers le variant Delta, rend la situation de jour en jour plus délicate dans l'Hexagone. Le nombre de personnes contaminées s'est accéléré ces derniers jours, dépassant désormais le nombre de 8.000 cas quotidiens. Si, pour l'instant, aucune translation n'est effective en matière de remontée du nombre d'hospitalisations, d'admissions en réanimation ou de décès, la vigilance reste de rigueur et le pouvoir agite déjà le fait qu'il s'agisse à l'heure actuelle d'une quatrième vague épidémique (cf graphique).

Cela étant dit, la répartition des cas de Covid-19 est concentrée sur trois zones géographiques. La côte atlantique (exceptée la Bretagne), le pourtour méditerranéen et l'Île-de-France. Autrement dit, deux grandes zones recevant actuellement du monde en cette période de vacances et la région la plus peuplée de France selon les données de Santé publique France. En outre, si la vaccination (première dose) est relativement faible en Île-de-France et sur le pourtour méditerranéen, la façade atlantique est relativement plus vaccinée que la moyenne nationale selon d'autres données de Santé publique France, ce qui peut supposer un lien décroissant entre vaccination et contamination, mais la causalité reste encore à pleinement démontrer. Est-ce que le pouvoir compterait être plus coercitif envers ces territoires à l'avenir? N'écartons pas cette hypothèse, vu le degré d'improvisation permanente d'un pouvoir qui a oublié cet autre proverbe: "gouverner, c'est prévoir".

Une mise à part

J'indiquais, au début, que Macron divise les citoyen(ne)s français(es) pour mieux régner à travers cette allocution. Il a parfaitement réussi son coup car d'une part, il a focalisé la tension politique sur les mesures sanitaires tout en annonçant oklm l'application de la deuxième partie de la "réforme" de l'assurance-chômage dès le 1er octobre ainsi que le retour du dépeçage des retraites, néanmoins sous conditions liées à la crise sanitaire. D'autre part, à travers les mesures sanitaires, le girondin autoritariste installé à l'Élysée fait en sorte de séparer, de mettre à part les Français(es) en vacciné(e)s et non-vacciné(e)s, en individualisant, culpabilisant la responsabilité, pour mieux masquer - euphémisme! - les contradictions permanentes du pouvoir sur la vaccination, sur le port du masque, sur le dépeçage de l'hôpital public, etc. Bref, Macron et ses sbires se dédouanent!

Et le mac de l'Élysée peut compter à la fois sur une gauche bégayante (au mieux) ou aphone (au pire) et sur une extrême-droite bruyante. À la différence du centre, appelant dès décembre à l'instauration du passe sanitaire, ce qui est pour le moins cohérent, la gauche se montre aux fraises. Rares sont médias ou partis de gauche qui remettent en cause cette ligne présidentielle et que le silence assourdissant règne sur cette partie de l'échiquier (cf liens n°3, n°4), quand du côté de la droite, ça questionne de manière fort critique ce tour de vis sanitaire (cf lien n°5) - mais pas de remise en cause des "réformes" économiques et sociales, bien entendu - et que du côté de l'extrême-droite, ça prend la rue pour manifester, notamment le 17 juillet (cf lien n°6). Ce qui donne l'occasion pour certains esprits soi-disant réfléchis et de gauche de considérer que les anti-passe sanitaire sont des antivax dangereux, d'autant plus que des comparaisons sordides avec la Shoah font florès ces derniers temps.

État d'urgence!

Quelle erreur! Et c'est d'autant plus sidérant d'observer cette inconséquence à gauche, quand certains se réclamant du socialisme, du communisme, de l'anarchisme, n'en viennent pas carrément à soutenir de manière aliénante le passe sanitaire. Or, le passe sanitaire est un passeport intérieur qui doit être montré dans beaucoup de lieux d'interactions sociales pour pouvoir circuler, et ainsi délivrer des informations médicales auprès de diverses personnes contrôlant les passants, avec des craintes sur les discriminations multiples dont celle au travail (cf liens n°7, n°8). Or, ce genre de dispositif était ancré dans le régime d'apartheid en Afrique du Sud, où les Sud-africain(e)s noir(e)s étaient sommé(e)s d'avoir un laissez-passer (passeport intérieur) pour pouvoir circuler dans leur pays, sous peine de sanctions. Et si, pour certains d'entre vous, cette comparaison provocante vous choque, dites-vous bien que le mot afrikaans apartheid signifie... "séparation", "mise à part". Et c'est ce qu'introduit le passe sanitaire. Que vous le vouliez ou non! D'ailleurs, comme le passe sanitaire, l'apartheid était légal. Ce qui ne le rend pas légitime!

Enfin, l'argument pour ce genre de mesures est que ça œuvre pour la santé publique et la liberté publique. Ce qui est, au fond, le même argument utilisé quand François Hollande instaura l'État d'urgence en novembre 2015, dans un autre contexte de crise (terrorisme, attentats), mais en ayant une rhétorique commune, à savoir: "Nous sommes en guerre!" Or, l'État d'urgence n'a pas été utilisé pour lutter contre le terrorisme, pour la sécurité publique, les libertés individuelles et collectives. Il a permis de s'en prendre aux mouvements politiques (partis de gauche ou écologistes), aux syndicats et très peu de procédures étaient relatives au terrorisme islamiste, ce qui était pourtant la justification de l'État d'urgence à l'époque. Et si on rappelle que Macron et ses partisans ont partiellement institutionnalisé l'État d'urgence dans le droit commun, notamment l'assignation à résidence, le contrôle des déplacements ou la perquisition administrative, dès les premiers mois du quinquennat, il y a de quoi s'inquiéter de la pente de plus en plus liberticide prise par le pouvoir, utilisant la crise comme prétexte pour agir selon ses desiderata. Surtout dans cette Ve République qui donne une grande puissance au pouvoir exécutif et peu de contrôles de la part des pouvoirs législatif et judiciaire. Mais ça, certains à gauche feraient bien d'y réfléchir profondément au lieu de se comporter tel François Mitterrand, critiquant le "Coup d'État permanent" mais s'en accommodant quand cela arrange.

À bon entendeur!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article