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Le Front de gauche en mode équilibriste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Photo: Kenzo Tribouillard/AFP

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Le Front de gauche ouvre différentes stratégies, et notamment la question du maintien de la zone euro, tout en affichant des divergences flagrantes, qui pourraient signifier son arrêt de mort.

Le temps était pluvieux à la fête de l'Humanité, le weekend du 12 septembre, à la Courneuve. Et malgré le rayon de soleil britannique annonçant l'élection de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste, dès le premier tour, la grisaille était dans les têtes des principaux meneurs du Front de gauche (FG). Il faut dire que la fête de l'Huma a permis au FG de tenir sur un fil, mais les sujets à débat sont multiples, avec des divergences clairement établies jusque dans les stands.

"À chacun son Europe"

Pour reprendre le titre d'un article du journal Marianne (cf lien 1), au sein des composantes de la coalition de gauche radicale française, c'est bel et bien "à chacun son Europe". D'un côté, le Parti communiste (PC), en particulier Pierre Laurent, le secrétaire national du parti, reste sur une ligne pro-euro et défend toujours le parti de gauche radicale grec Syriza, malgré la volte-face de l'ex-Premier ministre Alexis Tsípras durant l'été. La direction du PC tient toujours à son idée de "réformer de l'intérieur" l'Union européenne.

Ce qui est quelque part le "plan A" du Parti de gauche (PG) fondé par Jean-Luc Mélenchon. Mais l'eurodéputé ne s'en contente plus et organise un "plan B" qui consisterait à préparer une sortie de l'euro de la part de la France et d'autres pays de la zone monétaire (question de survie de la gauche). Cette différence est devenue visible car durant la fête de l'Huma puisque le PG appela à soutenir les dissidents de Syriza regroupés dans le parti Unité populaire pour les élections législatives grecques du 20 septembre prochain et il organisa dans son stand son "sommet du plan B en Europe" avec des anciens ministres ou vice-ministres des Finances, l'allemand Oskar Lafontaine - fondateur du parti de gauche radicale allemand Die Linke -, le grec Yanis Varoufakis - membre critique de Syriza - et l'italien Stefano Fessina - du Parti démocrate -, ce dernier est cité à plusieurs reprises par l'économiste Jacques Sapir, notamment pour l'expression "Fronts de libération nationale". Malheureusement, je n'ai pas pu suivre ce débat fort intéressant car dans le même temps, je jouais sur un autre stand de la fête de l'Huma avec des amis, chers lecteurs, mais des militants communistes m'ont fait part de ce qui en est sorti et le principal fait retenu pour eux est que Mélenchon aurait été dans un style semblable à ce qu'il fit lors de l'élection présidentielle de 2012, et qui avait apporté une bonne dynamique (11,1% des voix).

Régionales en ordre dispersé?

Mais cette dynamique n'a pas été digérée depuis. Les bisbilles ont pris le dessus, avec son lot tragi-comique comme durant les élections municipales de 2014, où le PC fit campagne avec le Parti socialiste à Paris et le reste du FG mena une campagne autonome par exemple. Et il se pourrait que les régionales remettent ça. Notamment en Île-de-France, où Laurent serait la tête de liste FG. Or, il est actuellement sénateur et la charte éthique de la coalition, en préparation, prévoit une application du non-cumul des mandats électoraux (cf lien 4), ou en Provence-Alpes-Côte d'Azur où le PC devrait indiquer son positionnement dans la campagne auprès du reste du FG ou pas.

À cela, il faut rajouter la question des alliances avec d'autres partis. D'un côté, le PC, habituelle cinquième roue d'un carrosse socialiste de plus en plus troué, serait encore tenté de signer des accords avec le PS, ce qui pourrait faire exploser le Front de gauche dans son ensemble. De l'autre, le PG, Ensemble! et d'autres composantes de la coalition cherchent des accords avec Europe Écologie-les Verts (EELV), d'autant plus que les départs des parlementaires François de Rugy et Jean-Vincent Placé facilitent la possibilité d'alliance pour les régionales. Ce qui peut interpeller certains observateurs vu que le FG, et notamment autour du parti de Mélenchon, se repositionne sur la question de la souveraineté nationale et l'euro, tandis qu'EELV est un parti ouvertement fédéraliste et pro-euro, pour qui un débat sur ces question ne lui viendrait même pas à l'esprit (cf lien 3).

Revoir la question néocoloniale

En dépit de nombreux stands réservés à des partis socialistes (pas comme le PS français) ou communistes du monde entier, le Front de gauche se fait assez discret, ou n'est pas assez entendu c'est selon, à propos de la politique néocoloniale de l'occident, et en particulier, celle de la France. La situation des exilés, pouvant tourner au drame avec l'exemple tragique d'Aylan Kurdi, même si la photo de son corps sans vie ne risque pas de sensibiliser les dominants.

Est-ce que le Front de gauche va cautionner un néocolonialisme mortel et donc capituler en rase campagne, comme les socialistes à propos de la 1ère guerre mondiale? Ce n'est pas impossible vu qu'il veut quand même avoir des élus et qu'une majorité de la population française souhaiterait faire la guerre en Syrie, selon certains sondages (à prendre avec des pincettes alors). Mais avoir une attitude pacifiste, en cherchant à pointer les causes de l'exil de millions de personnes, c'est-à-dire, l'orientation impérialiste, tant au niveau politique qu'économique et social, de la part des pays développés, de l'expliquer en particulier auprès de la classe prolétarienne non-racisée, serait un gage de bonne volonté du FG pour ne pas suivre comme un mouton la pensée dominante.

Bref, avec ces différentes problématiques, dur de voir un second souffle pour la gauche radicale en France.

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