Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ney, droit au cœur

Publié le par JoSeseSeko

Ney, droit au cœur

La "Chambre introuvable", voulant mettre à mal toute référence à la Révolution et à l'Empire, chercha à tuer tout ancien dignitaire de cette période. Parmi les victimes de cette répression royaliste, figure le maréchal Ney, fusillé il y a 200 ans.

"Soldats, visez droit au cœur!" Cette phrase romanesque est attribuée à Michel Ney, au moment de son exécution, le 7 décembre 1815, à l'issue d'un procès inique, où il n'avait quasiment aucune chance de s'en tirer vivant, vu le contexte politique de l'époque. Regardons un peu le parcours incroyable de cet homme au destin finalement tragique.

Du fils de tonnelier au dignitaire d'Empire

Né à Sarrelouis en 1769, Michel Ney vivait modestement. Dans cette ville alors française dans une région germanophone, ce fils de tonnelier devint vite bilingue franco-allemand et son père, Pierre Ney, l'envoya étudier dans le milieu ecclésiastique pour qu'il puisse avoir une meilleure situation sociale. En 1788, le jeune Ney décida de suivre une carrière militaire, quitte à être en désaccord avec son paternel. Dès lors, Ney, entré dans la cavalerie, et plus précisément, dans les régiments de hussards, sut s'élever avec la Révolution. Servant principalement dans l'armée du Rhin, il gagna ses galons, devenant général de brigade en 1796, suite à des exploits comme la prise de Wurtzbourg avec 100 cavaliers. "Le rouquin", comme le surnommaient ses hommes, continua à être décisif dans l'armée du Rhin les années suivantes, à tel point que le Directoire le nomma général de division en mars 1799 et qu'il dirigea provisoirement l'armée du Rhin en septembre-octobre 1799. Il devint ainsi un personnage de plus en plus reconnu, avec son intrépidité qui lui réussit. L'année suivante, aux ordres du général Jean-Victor Moreau, il contribue de manière décisive à la victoire française de Hohenlinden (3 décembre 1800), forçant l'Autriche à signer la paix à Lunéville début 1801.

Avec l'établissement de l'Empire par Napoléon Bonaparte (né la même année que Ney), il fit partie des premiers maréchaux d'Empire nommés par l'Empereur. En 1805, avec la guerre qui reprit sur le front autrichien, Ney s'illustra à la tête du VIe Corps d'armée en écrasant les Autrichiens à Elchingen le 14 octobre 1805, coinçant les troupes du général Mack assiégées dans la forteresse d'Ulm, qui se rendit six jours plus tard. Pour cet acte, Napoléon le nomma duc d'Elchingen en 1808. L'apport de Ney dans la Grande armée put être de nouveau décisif dans la terrible bataille d'Eylau (8 février 1807), où son arrivée sur le champ de bataille évita une défaite pour les troupes impériales. Néanmoins, son audace habituelle faillit lui jouer un mauvais tour à Iéna (14 octobre 1806), où les Prussiens commencèrent à encercler son Corps d'armée avant que le maréchal Jean Lannes ne le tira de ce mauvais pas. Puis surtout, une mésentente constante en Espagne avec d'autres maréchaux (Jean-de-Dieu Soult, André Masséna) le rendit incapable de faire des choses positives durant cette campagne maudite où l'armée française s'enfonça dans un bourbier qui la fit perdre à terme.

Le héros de la campagne de Russie

L'image d'Épinal de Ney, c'est le "Brave des braves", sauvant les débris de la Grande armée lors de la retraite de Russie. Destitué de son commandement en Espagne, Napoléon l'appela pour la campagne de Russie. Son action durant la bataille de Borodino/la Moskowa lui valut le titre de prince de la Moskowa. Malgré l'échec total de cette offensive française, et une retraite catastrophique, Ney en sortit grandi, avec l'exploit de tenir l'arrière-garde avec le IIIe Corps et malgré les pertes énormes à la bataille de Krasnoï (18 novembre 1812), il put rejoindre Napoléon et les restes de l'armée le 20 novembre, regonflant ainsi le moral des troupes qui ne croyaient plus à un retour du maréchal, vu le harcèlement des Russes de Mikhail Koutouzov.

La suite devint moins heureuse en 1813, avec deux défaites notables. Celle de Dennewitz, le 6 septembre 1813 où les mouvements de Ney furent critiqués durant cette défaite, empêchant toute possibilité de prise de Berlin par les Français. De même qu'un mois plus tard, il demeura impuissant durant la sanglante bataille de Leipzig face à des troupes coalisées supérieures en nombre. Par conséquent, la campagne de France pouvait s'ouvrir et malgré les victoires obtenues du côté de Champaubert, Montmirail ou encore Montereau, la force du nombre des alliés leur permit d'atteindre Paris, qui capitule le 31 mars 1814.

Waterloo et l'exécution

Ney, ayant fait partie des premiers maréchaux à pousser Napoléon à abdiquer, fut vite distingué par Louis XVIII lors de la première Restauration, lui gardant ses titres et le nommant pair de France. Et ce, malgré des grincements de dents chez des anciens nobles, renvoyant aux origines modestes du maréchal qui, par ses campagnes, s'est acquis une grande fortune. À l'annonce du retour de Napoléon en mars 1815, il se proposa pour l'enfermer "dans une cage de fer". Mais une fois qu'il rencontra les troupes de Napoléon, il se joignit à lui, déclarant que "la cause des Bourbons est à jamais perdue". Néanmoins, le caïd d'Ajaccio, selon certains témoignages, garda une rancune tenace envers Ney car après son retour à Paris, l'Empereur oublia Ney jusqu'à mi-juin, en lui confiant 20.000 hommes dans la campagne de Belgique. Le 16 juin, Ney se bat à Quatre-bras contre les Anglais d'Arthur Wellesley, duc de Wellington, mais de manière défaillante puisque le chef d'État-major de l'armée n'était autre que Soult, son rival depuis la campagne d'Espagne. Enfin, deux jours plus tard, à Waterloo, il reçut des ordres peu clairs de Napoléon, couplés par la position intermédiaire de Soult. Malgré cela, il lança de multiples charges de cavalerie qui n'eurent pas grandement ébranlé l'infanterie de Wellington. Et plus les heures passaient, plus il sentait la défaite de l'armée française avec la rumeur des Prussiens de Gebhard von Blücher. Du coup, il chercha la mort, déclarant à ses cavaliers: "Venez voir comment meurt un maréchal de France!" Ce comportement héroïque ou suicidaire (c'est selon) était surtout un moyen d'éviter de mourir sous des balles françaises car il se doutait bien que les royalistes ne lui pardonneraient pas son ralliement à Napoléon.

La défaite de Waterloo marqua le retour des royalistes, avec une seconde Restauration plus sévère, symbolisée par la "Chambre introuvable", composée majoritairement d'ultraroyalistes, nostalgiques de l'Ancien régime, faisant naître l'expression "plus royaliste que le roi". En sa qualité de pair de France, Ney demanda un procès devant l'institution et pas le conseil de guerre. Malgré ses avocats et la défense du maréchal Louis-Nicolas Davout, ministre de la Guerre durant les Cent-jours, la peine de mort fut prononcée à l'encontre de Ney, qui apprit que sa ville natale fut acquise à la Prusse avec le traité de Paris signé en novembre 1815. Parmi ceux qui votèrent la mort de Ney, figurent plusieurs maréchaux, dont Auguste Marmont, qui eut affaire avec Ney en Espagne. Mais aussi l'écrivain François-René de Chateaubriand, l'auteur des Mémoires d'outre-tombe, alors proche des "ultras".

Ayant lu plusieurs ouvrages sur Napoléon, j'ai souvent remarqué, chers lecteurs, combien certains maréchaux sont vite décriés par l'Empereur. Dans le cas de Ney, il s'agit d'un homme courageux mais sans cervelle, pour faire vite. En tout cas, il n'en avait pas une confiance absolue et pouvait ainsi le rabaisser à sa guise. Néanmoins, si les circonstances l'imposaient, Napoléon donnait de larges responsabilités, vu les talents reconnus du maréchal.

Commenter cet article