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Un sinistre 11 Septembre, inaugurant une sale période

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/Spencer Platt

Photo: AFP/Spencer Platt

À l'occasion du quinzième anniversaire de cet attentat organisé par Oussama Ben Laden et son groupe, Al-Qaïda, une lecture des événements postérieurs à cet acte terroriste s'impose. En particulier, une politique extérieure belliciste justifiant une discrimination croissante dans la politique intérieure.

11 Septembre 2001, un jour qui fait date dans l'histoire de manière sanglante. Tous les plus de 15 ans (ou presque) ont forcément en mémoire l'image des tours du World Trade Center de New-York attaquées par des avions détournés par des terroristes d'Al-Qaïda, faisant ainsi près de 3.000 morts et plus de 6.000 blessés. Mais ce serait oublier qu'un troisième avion avait foncé à destination du Pentagone, à Washington, puis qu'un quatrième, devant également viser la capitale états-unienne, s'est crashé en Pennsylvanie. Les images de l'impact sur les tours, leur dislocation, la poussière qui s'en dégagea et les interventions de divers fonctionnaires pour sauver des victimes (police, pompiers) firent le tour du monde.

Ennemi public n°1

Qui était le coupable? Il était tout trouvé. L'administration Bush désigna Oussama Ben Laden, de la mouvance Al-Qaïda, comme le principal responsable de ces attentats. Ce que ce dernier revendiqua d'ailleurs. Il devint dès lors l'ennemi public n°1 dans le monde (occidental) et tel un hors-la-loi dans les westerns, quelqu'un à capturer "mort ou vif". Et le président états-unien George W. Bush, originaire du Texas, a repris cette terminologie du Far West à l'égard de Ben Laden et de ses acolytes.

Par conséquent, tous les moyens sont bons pour retrouver Ben Laden et le tuer, s'il le faut. Comme il semble être caché dans les montagnes de l'Afghanistan, près de la frontière avec le Pakistan, c'est une occasion à saisir pour envahir ce pays, quelques semaines après les attentats. Cette traque se terminera en mai 2011. Du coup, Bush a failli dans sa poursuite contre Ben Laden et ce fut son successeur, Barack Obama - qui prépare son départ de la Maison Blanche - qui réussit à scalper le leader d'Al-Qaïda.

Le "tout sécuritaire" liberticide

En raison de l'impact émotionnel provoqué par ces attentats, les autorités états-uniennes procédèrent à toute une série de lois orientées vers l'idée de sécuriser le pays. En particulier le Patriot Act, voté en octobre 2001, qui renforce les pouvoirs de l'administration centrale et de l'armée dans l'accès à diverses données individuelles, sources de dérives liberticides selon les opposants au texte, qui réduit d'ailleurs selon ces derniers les droits à la défense dans un procès et une violation de la liberté d'expression. Mais la psychose pousse les services de renseignement états-uniens à espionner tout le monde, notamment les alliés européens. Les révélations faites par Edward Snowden, ancien membre de la NSA, en 2013, montrent une certaine hypocrisie des alliés européens (France et Allemagne en particulier) par rapport aux États-Unis.

Dans la même veine, la base militaire de Guantánamo, au sud de Cuba, a servi de camp de prisonniers pour des terroristes (réels ou supposés), dont les conditions de vie ont été fortement critiquées par plusieurs organisations non gouvernementales comme un irrespect des droits de l'homme de la part de Washington, exigeant le démantèlement du camp. Ce qui n'est toujours pas le cas, à l'heure actuelle. Bref, les dirigeants états-uniens, et les citoyens ont oublié la mise en garde de Benjamin Franklin, un des "pères fondateurs" des USA, à la fin du XVIIIe siècle, qui était comme suit:

  • "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

Un bellicisme faisant jaillir un monstre

Mais l'aspect le plus visible des conséquences des attentats résulte dans la politique extérieure des États-Unis, attirant l'ensemble de l'Occident à sa suite. Une intervention internationale, sous dominance ricaine, se déploya en Afghanistan sur la fin 2001, renversant le pouvoir des talibans, soutiens de Ben Laden, mettant à la place des potentats locaux (Hamid Karzaï), le temps d'opérer une "transition démocratique". George W. Bush, porté par sa popularité après les attentats alors que son élection fut polémique face à Al Gore en 2000, se lança en "croisade" contre "l'axe du Mal". La nouvelle cible fut l'Irak de Saddam Hussein, en 2003, avec un prétexte fallacieux (armes de destruction massive), qui n'a pas convaincu la France et l'Allemagne de marcher au pas de Washington. La critique virulente de Paris sur cette invasion de nature économique (pétrole irakien) provoqua un "French bashing" puissant outre-Atlantique, les citoyens États-uniens étant tellement aliénés par leur gouvernement à l'époque.

Malgré la destruction rapide du régime d'Hussein, la reconstruction n'était pas le point fort des USA, laissant envenimer la situation à Bagdad. Ce qui réveilla certains citoyens et les poussa à s'opposer de plus en plus à cette guerre, au fil du temps, la comparant avec la guerre du Vietnam, dans les années 1960-1970. Mais la conséquence la plus durable de cette intervention de l'impérialisme yankee, c'est la naissance d'une mouvance terroriste qui s'appelle aujourd'hui État islamique (ou Daech). Et ce dernier, sachant combien la difficulté d'attaquer les USA sur leur sol, préfère se concentrer sur les alliés, notamment la France.

Une américanisation de la politique française

En dépit de l'opposition à l'intervention en Irak, la France a profondément changé sa politique extérieure, notamment à partir de l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007. En 2003, il était sensible à l'idée de participer à l'invasion en Irak, mais en tant que ministre de l'Intérieur, il se serait mis en opposition dans le gouvernement, notamment envers le président Jacques Chirac. Mais dès son arrivée à l’Élysée, il prit un positionnement atlantiste, avec pour exemple le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN en 2009. Un retour confirmé par l'actuel président, François Hollande, bien qu'il ait voté contre à l'époque, étant alors dans l'opposition.

Mais cette américanisation de la France est devenue davantage manifeste depuis les attentats en 2015 (rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier; hyper-casher le 9 janvier; attaques du 13 novembre), avec le vote de la "loi renseignement" en mai 2015, puis surtout l'établissement de l'État d'urgence après le 13 novembre. Sans cesse renouvelé, cette juridiction d'exception n'a pas empêché de nouvelles attaques terroristes (Nice le 14 juillet), mais par contre, visait à réduire au silence toute revendication au niveau de la politique intérieure, notamment au sujet de la "loi travail", avec des manifestations très souvent réprimées par les forces de l'ordre.

Une unité illusoire

Dans les deux pays, les appels à l'unité nationale sont devenus, aux yeux de certains, des moyens pour faire passer la pilule d'une boucherie sociale puis de vouloir masquer un racisme latent dans la société. Du côté de l'oncle Sam, tout le patriotisme déployé depuis 15 ans ne peut plus servir efficacement d'écran de fumée face à un racisme croissant; que ce soit envers des afro-américains tués comme des lapins par la police, envers des États-uniens de confession musulmane dont Donald Trump, candidat républicain à la présidence, voudrait leur expulsion immédiate, ou envers les immigrés latino-américains venus pour des raisons économiques, liées à l'impérialisme yankee.

En France, la marche du 11 janvier 2015 n'a pas non plus masqué la tyrannie d'une majorité aliénée par une idéologie conservatrice et raciste. Les polémiques sur le burkini ou le camp d'été décolonial durant l'été montrent combien le principe de laïcité a été détourné pour juger les Français de confession musulmane de ne pas être de "bons français". De même que les afro-descendants français n'ont pas compris l'intérêt éducatif de l'exposition Exhibit B en 2014.

Théories du complot

Comment ne pas terminer cet article sans évoquer les théories du complot autour du 11 Septembre 2001? Elles ont fleuri Internet ces 15 dernières années car pour certains, plusieurs éléments sèment le doute, voire remettent en cause la "version officielle" des attentats. En particulier au sujet de Ben Laden. Après tout, le terroriste saoudien fut allié aux USA lors de l'invasion soviétique en Afghanistan, de 1979 à 1989. La CIA lui fournit armes, munitions et du soutien logistique pour combattre les alliés afghans de Moscou. De même que, selon les défenseurs de ces théories, ces attentats étaient appuyés par l'administration Bush (sourde complicité) afin de pouvoir amorcer des lois sécuritaires sans soulever des manifestations en défense des libertés individuelles. Ce qui fut le cas en fait, avec le Patriot Act cité plus haut.

Néanmoins, ces théories sont vues comme "conspirationnistes" par leurs détracteurs, qui estiment que ces personnes voient des complots partout et laissent entendre un trafic d'images, notamment au sujet du crash au niveau du Pentagone. De même qu'un rapport de la commission d'enquête sur le 11 septembre dément toute tentative de délit d'initiés sur des ventes anormalement élevés d'actions de la banque Morgan Stanley, ou des compagnies aériennes United Airlines et American Airlines peu de jours avant les attentats.

Enfin, n'oublions pas le 11 Septembre 1973, un coup d'État au Chili, appuyé par les USA, pour renverser le président socialiste Salvador Allende et instaurer la dictature du général Augusto Pinochet.

P.S: vous verrez ci-dessous, chers lecteurs, un sketch des Guignols de l'info au soir du 11 septembre, qui peut se révéler assez visionnaire avec le temps. Comme dirait l'autre: "la vérité faire rire".

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