Un "Podemos à la française" ne s'improvise pas

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Kasia Wandycz

Photo: Kasia Wandycz

À la gauche du Parti socialiste, rares sont les cadres ayant la quarantaine qui soient mis en avant par les partis ou coalitions de gauche radicale et voulant s'établir sur un pied d'égalité de manière intransigeante avec les socialistes, contrairement à leurs camarades grecs ou espagnols, qui attirent des électeurs.

La gauche radicale française est un chantier, auquel il faut ajouter les tergiversations de l'aile gauche du PS, source de cacophonie, d'absence d'unité. Ça peut être un des nombreux reproches faits au Front de gauche, qui stagne depuis l'élection présidentielle de 2012, où Jean-Luc Mélenchon avait recueilli 11,1% des voix. Alors qu'ailleurs en Europe, les grecs de Syriza, menés par Alexis Tsipras, les turcs du Parti démocratique des peuples (Halkların Demokratik Partisi - HDP) co-présidé par Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, ou les espagnols de Podemos, de Pablo Iglesias, enregistrent une mobilisation électorale forte derrière eux. Regardons quelles différences y a-t-il et comment le Front de gauche pourrait s'en inspirer.

Un rajeunissement des cadres dirigeants

La première grande différence entre le FG et ses camarades européens repose sur la forme, avec l'âge des meneurs des partis. En France, ça oscille autour entre 50 et 60 ans, voire au-delà, tandis qu'en Grèce, en Espagne ou en Turquie, ce sont des quadras, voire des trentenaires (Iglesias avec Podemos) qui dirigent ces partis de gauche radicale, dont le parcours indique un fort niveau de qualification avec des diplômes universitaires accrédités (et non inventés comme du côté de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS). Du coup, ils sont mieux perçus par les électeurs, notamment les jeunes électeurs, considérés pour les plus vieux comme ceux qui ne s'intéressent plus à la vie politique alors qu'en fait, c'est la vie politique qui ne s'intéresse guère de leur sort.

À partir de là, chers lecteurs, vous vous dites (pour certains): "hey JoSeseSeko, tu prends les gens pour des êtres superficiels, dont la réflexion serait vide de sens." Non! Je constate (hélas) que la forme a pris le dessus sur le fond et si on défend un idéal, quel qu'il soit, on cherche à y mettre le plus beau visage possible. Et le FN l'a bien compris puisqu'il met en avant des jeunes (blancs) dans des campagnes électorales et fait monter en grade la petite-fille Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, actuelle députée du Vaucluse, qui a 25 ans en 2015. Le FG a loupé le coche de ce côté-là et pourrait bien se permettre de faire monter ses trentenaires ou ses quadras à sa tête, afin de convaincre les jeunes électeurs français de leurs idées.

Un élargissement à compléter

Le FG a commencé un élargissement vers les écologistes, le parti Nouvelle donne de Pierre Larrouturou, ou des membres de l'aile gauche du PS, ainsi que vers des associations, des syndicats ou de simples citoyens à travers le Mouvement pour une 6ème République, qui s'est développé ces derniers mois. Le Mouvement républicain et citoyen de Jean-Pierre Chevènement devrait également y être sensible, si le FG lui fait des appels du pied. Néanmoins, ça rencontre des réticences au sein des partis cités tantôt, alors qu'ils convergent sur plusieurs points (refus de l'austérité, réorientation de la politique économique, réforme de la production d'électricité, etc.) et devraient se réunir sous une seule bannière.

C'est ce qu'ont fait notamment Syriza en Grèce et le HDP en Turquie par exemple. Ces deux coalitions rassemblement plus d'une dizaine de partis politiques en leur cœur et bien qu'il y ait des batailles internes (comme pour Podemos), cela n'a pas empêché Syriza de gagner l'élection législative en janvier dernier, ni Podemos de peser sur la vie politique espagnole, ni le HDP de faire barrage en évitant une nouvelle majorité de l'AKP le 7 juin dernier. Et c'est d'autant plus fort que ces coalitions sont plus récentes que la coalition française, puisque celle-ci naquit en 2009, ayant pour modèle Die Linke, la coalition entre les communistes allemands et d'anciens membres du SPD fondée en 2005, connaissant également une stagnation de son électorat.

Une intransigeance égalitaire

Ce qui fait aussi le succès (relatif) de ces partis de gauche radicale en Europe du Sud, c'est la question du rapport avec les partis socialistes ou sociaux-démocrates. Leur réponse est claire: intransigeance totale pour négocier d'égal à égal avec eux. S'ajoute ainsi un élément qui leur est favorable, à savoir, l'électorat socialiste s'érode plus ou moins rapidement. L'exemple le plus frappant est celui du Mouvement socialiste panhéllénique, le Pasok. Il faut dire que le parti de Geórgios Papandréou a initié une politique d'austérité drastique qui a duré 5 ans à Athènes. Une saignée tellement énorme que son parti l'a chèrement payée dans les urnes puisqu'il ne pèse plus que 3-4% des voix, alors qu'il était le parti dominant de la gauche grecque jusqu'alors. Et Syriza se montra intransigeant, quand il reçut les appels des sirènes de l'alliance avec le Pasok, car il ne voulait pas s'associer. En Espagne, Podemos a affaire à un PSOE qui tient encore debout, avec un électorat important, mais ce dernier se retrouve à devoir traiter d'égal à égal avec Podemos s'il veut espérer gouverner dans les communautés autonomes où Iglesias et ses camarades ont fait un score très proche de celui des socialistes.

En France, depuis le programme commun de la gauche des années 1970, le PS a vassalisé le PC, rendant de facto cette intransigeance - exigée notamment par le PG - plus difficile. Les élections municipales de mars 2014 en fournirent l'amère preuve, illustrant le paradoxe suivant. Le FG ne profite pas de l'érosion de l'électorat socialiste pour le convaincre. Cet élément, parmi d'autres, doit inciter le FG à revoir sa copie.

Méthodes de communication

Dans l'Hexagone, le Front de gauche se plaint (à juste titre) de la sous-exposition médiatique offerte par la chaîne à son égard (comme à ceux d'autres partis), comparativement à celle de la triade formée par le PS, l'ex-UMP (appelée pour rire "Les républicains") et le FN. Mais il a l'air d'avoir (un peu) abandonné les nouveaux moyens de communication, en particulier les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, etc.) et les sites de partage de vidéo (Youtube, Dailymotion, etc.). Or, un des éléments de réussite de la campagne de Mélenchon en 2012 fut l'utilisation massive des réseaux sociaux et l'approvisionnement de vidéos en ligne. Ce qui permettait aux utilisateurs de la toile (et électeurs) de s'informer sur ce que défend la coalition de gauche radicale. Et bizarrement, cela n'a guère été poursuivi, hormis avec le blog de Mélenchon, où l'eurodéputé réagit à l'actualité et explique les événements qui se déroulent au Parlement européen.

Podemos a, de son côté, misé fortement sur les nouvelles technologiques, développant son émission télé, la Tuerka, qu'anime son leader Pablo Iglesias sur Público TV, une extension du quotidien numérique espagnol Público. Et cela attire des citoyens vers Podemos, notamment les personnes connectées à Internet.

Bref, pour avoir un "Podemos (ou Syriza) à la française", il y a beaucoup de boulot à faire.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article