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Une "campagne pas comme les autres"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/ MARTIN BUREAU

Photo: AFP/ MARTIN BUREAU

Pour le dernier meeting francilien du Parti socialiste et de ses alliés avant le premier tour des régionales, le Premier ministre Manuel Valls s'est mis en avant. Peut-être davantage que le candidat PS et actuel président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Ce qui est bien dans un meeting socialiste pour moi, c'est que je peux me permettre de prendre des notes pour mieux retranscrire que ce que font certains collègues. Et celui du jeudi 3 décembre, à la halle Carpentier, dans le 13e arrondissement de Paris n'y échappe pas. Étant invité par des amis du Mouvement des jeunes socialistes, dont une amie de fac que je n'avais plus revue depuis cette époque, j'ai été ravi. Néanmoins, l'atmosphère était bien tendue, les attaques du 13 novembre sont passées par là.

Bonnes intentions et récupération

Les déclarations les plus touchantes ou les plus cocasses ne viennent pas forcément des politiciens qui montèrent à la tribune (Anne Hidalgo, maire de Paris; Manuel Valls, Premier ministre; Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale et candidat pour la présidence de la région Île-de-France), mais leurs soutiens. La philosophe Catherine Clément, par exemple, donna le tempo en s'axant sur l'instruction, l'humanisme comme "barrages à la barbarie" qu'il faudra encore porter car rien n'est acquis. De même que le médecin urgentiste Patrick Pelloux, ancien chroniqueur à Charlie Hebdo, insiste sur le fait d'applaudir "un système héroïque" qu'est celui des services publics (bleu de la police; blanc des hôpitaux; rouge des pompiers). N'empêche, il s'est permis de glisser des points Godwin par-ci, par-là comme ceci:

  • Nous sommes "les enfants de ceux qui luttaient contre le nazisme"
  • Nous avons affaire à un "nazisme islamique"
  • "Les Français étaient les réfugiés d'Angleterre il y a plus de 70 ans"

Ce qui est bien dérisoire avec le PS, c'est combien il veut récupérer des personnages historiques qui sont furent bien plus à gauche qu'il ne l'est actuellement. Trois exemples pour illustrer ceci, chers lecteurs: la citations de quelques vers du poète Arthur Rimbaud, l'un des rares artistes ayant défendu la Commune; le passage de la chanson Ma France du chanteur communiste Jean Ferrat, où le nom de Maximilien Robespierre est cité de manière positive; puis le poète et homme politique Aimé Césaire et son engagement pour que "les ultramarins soient des citoyens à part entière", lui qui dénonça le fraternalisme de la gauche en son temps. Ceux-là doivent bien se retourner dans leur tombe.

Valls en vedette

Le discours le plus attendu durant ce meeting était celui de Valls. Le Premier ministre, qui fait partie des thermidoriens du PS, fait un peu d'autosatisfaction quant à la réaction de son gouvernement et celle des Français après les attentats de Paris et Saint-Denis, qui ont fait que "rien ne sera plus comme avant." Il se vante volontiers de la lutte menée avec l'État d'urgence, avec 2235 perquisitions administratives et 334 assignations à résidence depuis le 14 novembre. Sont-ce des terroristes dans ce lot? Pas totalement. Il faut comptabiliser les écologistes assignés ou arrêtés en marge de la COP21 qui a démarré lundi 30 novembre (cf liens n°1 et 2).

L'autosatisfaction du Premier ministre va loin. Il se félicite et félicite son gouvernement d'avoir permis une baisse de l'impôt sur le revenu des plus modestes, la réforme du collège, la réforme du marché du travail, les lois sur le renseignement, la réforme territoriale ou encore la réforme de l'Université. À regarder de plus près, c'est pathétique! La réforme du collège est passée par une vaste polémique, les lois renseignements ne sont ni plus ni moins que des "lois scélérates" que combattaient en leur temps des socialistes comme Jean Jaurès ou Jules Guesde, l'impôt sur le revenu mériterait d'être réformé et non rafistolé car actuellement, il pèse sur les classes moyennes principalement, et enfin, la réforme de l'Université n'a pas été visible. Pis, ça a renforcé un pouvoir du champ dominant de la pensée en économie par exemple, ostracisant les économistes "hétérodoxes", pour la plupart anti-libéraux. Enfin, il s'insurge contre les racistes et antisémites devenus des praticiens de la "quenelle" - il n'a pas oublié Dieudonné -, pour montrer à quel point la France ne peut plus tolérer ce genre de personne. Donc, même s'il déclare le contraire, la sécurité a pris le pas sur la liberté. Et comme le disait le philosophe et homme politique États-unien Benjamin Franklin:

  • "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre, et finit par perdre les deux."

Terrorisme et Front national dans le même panier

Que ce soit Hidalgo, Valls ou Bartolone, c'est un écho sur l'inculture des djihadistes de l'État islamique, qui montre un visage totalitaire, s'appuyant sur le ressentiment, le rejet d'autrui. D'ailleurs, les hommes de Daech visaient la France en raison de son art de vivre, de sa culture, selon la version officielle. Ce qui est presque un écho au "choc des civilisations". Donc, ça balaie l'idée de choc des impérialismes d'un revers de main et aucune remise en cause intellectuelle de l'atlantisme forcené de la politique extérieure française, qui l'expose justement à ce risque d'attentats de manière fondamentale.

Mais Daech n'est pas le seul à fournir de l'inculture. Le Front national en fait de même selon les orateurs. Valls parlant même de "supercherie" avec une préférence pour le repli sur soi, le refus des étrangers ou encore l'abandon de l'euro par exemple. Pour ce dernier exemple, c'est typique de ceux qui ont érigé la monnaie unique en dogme pour lequel il ne faudrait pas faire de critique. Ces orateurs, surtout Bartolone, s'inquiètent de cette course à "l'extrême-droitisation" de la politique. Le président de l'Assemblée nationale citant le cas de manifestants de la Manif pour tous en 2013 présents dans les listes de sa rivale conservatrice, Valérie Pécresse. Il les considère comme des "nostalgiques de l'Ancien régime" qui ne seraient pas contre l'idée d'une "Restauration", comme il y a deux siècles.

Une social-écologie timide

Vu comme ça, on croirait que c'est un meeting national, chers lecteurs. Mais rassurez-vous, c'est bien un rassemblement régional, même si ces élections sont en réalité en arrière-plan, avec un scénario qui semble être écrit à l'avance. Bartolone a déclaré une liste de mesures inscrites dans le cadre théorique de la social-écologie. Ce qui fait plaisir aux écolos de l'Union des écologistes démocrates, l'ex-aile droite d'Europe Écologie-les Verts qui a fait scission l'été dernier, autour du député François de Rugy et du sénateur Jean-Vincent Placé, présent au meeting par ailleurs.

Parmi les mesures citées, il y a celle d'une écotaxe sur les poids lourds en transit. Cela paraît crédible, si on joue aussi sur une baisse de la fiscalité des sociétés ou une baisse des cotisations sociales (application du double-dividende), mais vu comment le projet d'écotaxe sur l'ensemble du territoire n'est pas bien passé, en particulier en Bretagne, il faudra que Bartolone se montre très persuasif. Pareillement pour les transports. La défense du pass Navigo à tarif unique pour l'ensemble de la région est plutôt positif pour les banlieusards mais encore faut-il que les RER ou autres trains régionaux soient davantage réguliers car cette politique tarifaire est faite (consciemment) pour accroître la demande de trafic ferroviaire. Mais la SNCF, la RATP et les constructeurs (Alstom; Bombardier) sont-ils capables de répondre de manière adéquate? Pas dans un premier temps selon certains (cf lien n°3).

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