Le pavé Faudot dans la mare de gauche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Maxppp

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Avec la désignation de Bastien Faudot comme candidat pour l'élection présidentielle de 2017, le parti souverainiste de gauche prouve combien une primaire rassemblant tous les partis de gauche est une utopie. Reste à voir si ce candidat ira au bout de sa démarche.

La campagne présidentielle n'a pas seulement commencé à droite. Elle s'est également lancée à gauche, avec la désignation de Bastien Faudot comme candidat du Mouvement républicain et citoyen (MRC) pour l'élection présidentielle, dimanche 7 février, à Paris. Un joli coup réalisé par ce parti, devançant ainsi tous les autres, notamment le Parti socialiste (PS), Europe écologie-les Verts (EELV) ou le Front de gauche (FG), qui discutent au sujet d'une primaire élargie à gauche en fin d'année 2016, même si elle devrait comprendre le président François Hollande.

Le pari sur l'avenir

Le choix de Bastien Faudot semble souligner un pari sur l'avenir et un changement dans la continuité. Pourquoi? Faudot, bientôt 38 ans, diplômé en philosophie, est jusqu'à présent porte-parole du MRC, ainsi que conseiller municipal et départemental dans le territoire de Belfort. Cet ancrage dans cette partie de la France est un point commun qu'il partage avec Jean-Pierre Chevènement puisque l'ancien ministre sous François Mitterrand et Jacques Chirac - cohabitation avec Lionel Jospin comme Premier ministre - a été plusieurs élu député-maire ou sénateur de Belfort (tradition cumularde française oblige). En-dehors de cette comparaison avec son aîné, Faudot est mis en parallèle avec le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, vu qu'ils sont de la même génération. Les mass media n'hésitant pas à en faire l'anti-Macron, par-delà un positionnement keynésien classique (intervention publique large dans l'économie, réflexion sur la redistribution des revenus, etc.), un ancrage sur la doctrine protectionniste ou encore un critique de la construction européenne, telle qu'elle est depuis les années 1980-1990.

Puis c'est un pari pour l'avenir du parti souverainiste. Peut-être que certains d'entre vous, chers lecteurs, ne connaissent pas le MRC. Un peu d'histoire s'impose alors. Le MRC, fondé par Chevèvenement en 2003, reprend l'héritage du Mouvement des citoyens ou du Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste, qui formait autour de Chevènement l'aile gauche du PS jusqu'en 1993, où il quitta le parti suite au traité de Maastricht qu'il avait fortement combattu au sein de Solférino (siège du PS). Le MRC semble être un parti minuscule dans la classe politique française, mais il compte deux députés et en raison de la personnalité de Chevènement, suscite l'oreille de différents partis qui veulent reprendre ses idées, comme le Front national, dont l'eurodéputé Florian Philippot revendique en partie l'héritage politique; ou des blocs qui attirent des militants comme le Front de gauche, ayant convaincu plusieurs militants MRC de le rejoindre après les élections européennes de 2009, où le parti s'était abstenu de faire campagne.

Un lourd héritage à porter

La candidature de Faudot entérine une nouvelle page dans l'histoire du MRC. En effet, depuis l'été 2015, le parti ne compte plus sur son leader emblématique, Chevènement, qui a claqué la porte suite à la mise en minorité de son positionnement d'alliance "avec les républicains des deux rives". Un projet de rapprochement en particulier avec les gaullistes de Debout la France, du député Nicolas Dupont-Aignan, ce qui a pu séduire l'économiste Jacques Sapir par exemple. Mais les militants du MRC ont largement préféré l'ancrage à gauche, au nom de la filiation historique et de la cohérence qui en découle. Cette nouvelle page est compliquée à écrire car il faudra que Faudot ait les 500 parrainages d'élus, nécessaires pour être officiellement candidat à l'élection présidentielle. Comme il l'a indiqué dans un entretien au journal le Parisien: "On a un socle de 200 à 250 élus." une bonne base pour commencer, donc! Il manque juste soit la moitié, soit 60% pour que l'affaire soit réglée, permettant à Faudot de tenter de convaincre les électeurs. C'est loin d'être gagné car Chevènement, qui avait annoncé sa candidature au nom du MRC en 2007 et en 2012, avait finalement renoncé pour soutenir le PS, qu'il brocarde souvent, afin de négocier des candidatures pour les élections législatives. Bref, la contradiction permanente!

Le slogan principal de Faudot est le suivant: "La gauche avec le peuple". Vraiment? Car l'un des principes de base du MRC est la remise en avant de la Nation à gauche car ce serait le territoire politique par excellence, avec une vénération pour la souveraineté nationale. C'est-à-dire la volonté d'une démocratie représentative, où les représentants sont dans le souci de prendre en compte le passé, le présent et le futur et que les citoyens leur délèguent un pouvoir. Un concept assez pervers car il faudrait l'existence de contre-pouvoirs pour éviter toute dérive des élus, ce qui n'est pas du tout le cas actuellement, et cela alimente la désertification des électeurs vers les urnes, étant donné leur impuissance face à un vote qui aurait un "cens caché". En outre, avec cette période d'État d'urgence, considérer l'État comme un agent bienveillant pour tous alors qu'il est redevenu une machine au service de la classe dominante ces dernières décennies, est une erreur d'analyse lourde de la part d'un parti de gauche comme le MRC.

En opposition, il y a la souveraineté populaire, qui implique un rôle accru du peuple, avec un contrôle plus draconien des élus (mandat impératif) et qui quelque part, traduit l'idée de lutte des classes, chère à Karl Marx et loin d'être si obsolète que ça. Et encore, elle doit se joindre avec les luttes anti-racistes portées par des citoyens non-blancs, qui depuis longtemps, pour certains d'entre eux, les ont articulé (intersectionnalité) car bon nombre de citoyens français "racisés" sont de la classe populaire - ou prolétariat -, dont on sait que la gauche, dans son ensemble, n'y a plus prêté attention, pour ne pas parler de dénigrement systématique de la part de plusieurs citoyens "non-racisés" qui s'affirment de gauche. Et tant que ces derniers ne se seront pas remis en cause sur leur fraternalisme plus ou moins inconscient, mais bel et bien réel, la gauche institutionnelle actuelle ne peut plus se revendiquer du peuple car elle n'a pas observé son changement, ni préparé un projet émancipateur pour lui.

Publié dans Politique, Europe, France, MRC, Faudot

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