Le sommet pour un nouveau pacte financier mondial, qui se déroule à Paris jusqu'au 23 juin, se veut porteur d'engagements de la part des pays du Nord auprès des pays du Sud, exposés au réchauffement climatique. Seulement, comme cela reste dans le cadre du capitalisme, c'est un pansement qui ne cautérise pas la plaie ouverte et n'est pas une solution viable à terme.
Il faut une "transformation absolue" du système financier et pas seulement "une réforme". Des mots prononcées par Mia Mottley, Première ministre de l'île de la Barbade, au premier jour du sommet pour un nouveau pacte financier mondial, à Paris, qui résonnent comme une critique de la mollesse des pays développés, dont la France d'Emmanuel Macron, pays organisateur du sommet, à suivre cette voie et à tenir leurs engagements envers les pays en développement dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et tout particulièrement le financement de 100 milliards de dollars pour l'action climatique, annoncé depuis 2009, prévu pour être atteint en 2020, mais atteignable en réalité fin 2023, selon Macron, fanfaronnant volontiers sur le sujet via Twitter.
Le Nord hypocrite
Et pourtant, ce montant reste bien modeste, vu qu'il concerne l'ensemble des pays développés, dits du Nord. Mais ce nouveau pacte dont il est question ce 22 juin, ainsi que le 23 juin, compte porter sur la répartition de l'engagement climatique. Qui doit régler la note auprès des pays du Sud? Les États du Nord ou les firmes multinationales originaires de ces pays-là? Les premiers diront qu'en raison des conséquences de la crise du Coronavirus puis de la guerre russo-ukrainienne, ils sont pris à la gorge et chercheront à limiter leurs engagements. Les seconds, tels les géants du secteur pétrolier - coucou Total! -, n'aimeraient pas se faire imposer pour cette raison et menaceront à l'envi de fermetures d'usines, et des licenciements qui vont avec. Sans oublier un monde de la finance, qui a une trajectoire court-termiste fort casse-gueule et qui estime que ses rendements sont mieux garantis dans le financement des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) que dans les énergies renouvelables.
Les pays du Nord sont d'une hypocrisie sans nom, dans cette histoire. Ce sont eux qui ont initié le mode de production capitaliste, avec sa nature énergivore par excellence. Mais ils font tout pour éviter de régler la note alors qu'ils en subissent moins les conséquences - plus pour très longtemps - que les pays du Sud, dont ils continuent de pomper les ressources, impérialisme oblige. Qu'ils ne s'étonnent pas de la question migratoire, quand même bien la migration Sud-Nord est marginale dans les faits, contrairement à une légende urbaine venant de l'extrême-droite.
En tout cas, c'est une nouvelle tentative pour Macron de tenter de bien se faire voir à l'international. Mais comme en politique intérieure, contrairement à ce que raconte un éditorialiste de France info (cf lien n°1), ce n'est pas une pause car même en matière de politique extérieure, Macron a rendu la France inaudible. Les exemples de la tournée françafricaine de début mars, avec une visite houleuse et ratée à Kinshasa (République démocratique du Congo) face à son homologue Félix Tshisekedi; puis de son voyage en Chine où ses propos sur Taïwan ont irrité bien des alliés de la France. Et puis, faire un sommet sur la question climatique au lendemain de la dissolution du mouvement écologique Les soulèvements de la Terre, c'est nous pousser à utiliser cette réplique du film Les tontons flingueurs: "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît".
Changer le cadre
Ce sommet est bien gentil, mais en fait, il permet juste de grenouiller dans le bac à sable capitaliste. Et c'est en cela que les propos de Mottley doivent acheminer vers une toute autre réflexion. Et pour cause, les pays du Sud paient la note du changement climatique et ont observé l'hypocrisie du Nord, incitant à profondément s'en méfier (cf lien n°2). Et ce devrait être désormais à eux, et non plus au pays du Nord, de dicter la marche à suivre si on veut limiter les effets du changement climatique sur l'ensemble de la planète.
Et pour cela, il faudra en arriver à un changement de cadre. Soit un nouveau régime d'accumulation capitaliste, qui se voudrait "vert" et remplacerait le cadre néolibéral actuel, qui avait succédé au cadre fordiste de l'après-guerre jusqu'aux chocs pétroliers des années 1970. Soit dépasser le capitalisme, en développant l'écosocialisme comme mode de production soucieux d'établir un équilibre viable entre l'activité humaine et son rapport avec l'environnement. Ce qui implique une diminution de la production et de la consommation, surtout dans les pays du Nord, où les biens produits et consommés ont tendance à être dans l'obsolescence programmée.
Sinon, avec un capitalisme actuel qui est malade, il risque de nous rendre totalement malades à notre tour.
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