L'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron sonne comme un séisme pour certains, mais vu la claque reçue aux élections européennes de ce 9 juin, cela devenait impossible de faire autrement. Trois semaines de campagne intense vont prendre le dessus dans la vie politique.
"J'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale". Pour la première fois depuis Jacques Chirac, en 1997, un président de la République prend une telle décision. Ce dimanche 9 juin 2024, Emmanuel Macron, constatant la branlée prise par son parti Renaissance aux élections européennes, recueillant seulement 14,5% des voix, plus de deux fois moins que le Front national (ou Rassemblement national, c'est selon), qui a obtenu 31,5% des voix. Et le parti au pouvoir est juste talonné par un Parti socialiste, recueillant des électeurs macronistes pour certains, avec 14% des voix (cf lien). Le tout, avec une abstention à 48,12% selon le ministère de l'Intérieur. Un taux plus faible qu'en 2019, soit dit en passant.
Pari suicidaire?
Cette décision de la part du locataire de l'Élysée offre une double lecture. Une lecture logique et une lecture suicidaire. D'abord, une lecture logique car depuis les législatives de 2022, faisant suite à la réélection à la Pyrrhus de Macron le fascisateur, le camp présidentiel n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée et doit s'accorder avec Les Républicains ou le FN (ou RN) pour faire passer des lois. Mais surtout, utiliser l'article 49.3 de la Constitution pour passer en force, comme avec le dépeçage des retraites au printemps 2023 par exemple. Le pari logique, selon Macron et sa cour, c'est d'agiter la menace d'un gouvernement RN pour reconstituer une majorité parlementaire et reprendre les coudées franches en matière de casse économique et sociale, avec une nouvelle "réforme" de l'assurance-chômage qui était prévue pour juillet, mais avec les événements en cours, potentiellement reportée.
Mais cette dissolution peut être davantage vue comme un pari suicidaire car il semble probable que le parti d'extrême-droite soit en mesure d'obtenir la majorité au Palais-Bourbon et de surfer sur sa victoire aux européennes pour y parvenir. Ce qui donnerait un scénario de cohabitation (ou plutôt de cogestion) entre le RN et les macronistes, avec Macron espérant que le FN se prendrait les pieds dans le tapis une fois au pouvoir pour faire le pur dans l'optique de la présidentielle de 2027, à l'instar d'un François Mitterrand lors de la cohabitation entre 1986 et 1988 et d'un Chirac lors de la cohabitation de 1997 à 2002. Seulement voilà, à la différence de ses deux prédécesseurs suscités, Macron est profondément détesté en France et il semble ne pas s'en rendre compte. Or, en agissant de la sorte, en mode politique du pire, il est en train de pérenniser le pire, de lui dérouler le tapis rouge sans vergogne.
Gauches irréconciliables, le retour
Ces élections européennes ont acté le retour des gauches irréconciliables, avec le score du PS d'une part, et celui de la France insoumise d'autre part, cette dernière ayant 10,1% des voix, derrière le PS. Et quand on sait combien le PS, en raison de la guerre israélo-palestinienne et des positions pro-palestiniennes de la FI, en a profité pour s'écarter de la coalition Nupes et renouer avec une ligne plus sociale-libérale, dont on connait les ravages via le quinquennat de François Hollande. Et si Raphaël Glucksmann se congratule de cette manière, avec les éléphants du parti autour de lui, c'est qu'il peut se bercer d'illusions tant les électeurs macronistes tournés vers le PS pourraient faire faux bond pour ces futures législatives d'une part, et que les électeurs de gauche radicale gardent comme mantra hérité de Nuit debout au printemps 2016: "Nous ne voterons plus jamais PS!"
À partir de là, reformuler une unité à gauche devient compliqué. Mais cela parait nécessaire. Seulement, ce ne sera que sur la base d'un programme de rupture radicale avec les politiques économiques, sociales, internationales, menées ces dernières années. Mais tant en leur sein qu'entre alliées, les forces de gauche ont la tendance à s'écharper pour tenter de se distinguer médiatiquement, quitte à jouer le jeu de l'extrême-droite - n'est-ce pas les partisans de Fabien Roussel ressuscitant le fraternalisme au sein du Parti communiste? -, et ainsi pousser leurs électeurs à s'abstenir. Oui, contrairement à ce que certains journalistes ou influenceurs politisés peuvent raconter, ce n'est pas l'abstentionniste qui permet la victoire de l'extrême-droite. C'est l'incapacité de la gauche française à convaincre l'électorat de ce qu'elle porte comme idées. D'ailleurs, à force de s'écharper, elle oublie de remettre au goût du jour des idées comme l'autogestion, de mettre en perspective les étapes vers l'écosocialisme, d'imbriquer les luttes au lieu de les hiérarchiser, et de s'y tenir. Car les trahisons, notamment du temps où le PS gouvernait, avec le soutien du PC dans les années 1980, ont continuellement fait développer l'abstention sur le long terme. Voilà la vérité historique! Par conséquent, considérer l'abstentionniste comme le responsable de tous les maux, tel l'âne de la fable de La Fontaine Les animaux malades de la peste, c'est marcher sur la tête en matière de réflexion politique.
In fine, si la gauche française veut tirer une leçon de cette soirée, il faudra qu'elle s'axe (au moins) sur deux mots: unité et radicalité. Sinon, elle suivra le chemin emprunté par la gauche italienne depuis la dissolution du Parti communiste italien en 1991. C'est-à-dire, la marginalisation!
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