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Syriza ou le nouveau Pasok?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Photo: LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Sorti vainqueur des élections anticipées, dimanche 20 septembre, le parti de gauche radicale d'Alexis Tsípras va de nouveau former un gouvernement de coalition avec les Grecs indépendants, comme en janvier, mais c'est une victoire de l'austérité, les dissidents de Syriza n'étant plus au Parlement.

Il est bien content, Alexis Tsípras. Le spécialiste des coups de poker politiques - référendum le 5 juillet dernier, démission du poste de Premier ministre le 20 août dernier -, a réussi à mener son parti, Syriza, à une nouvelle victoire aux élections législatives anticipées, dimanche 20 septembre. Avec 35% des suffrages et 145 sièges, il est en mesure de former un gouvernement avec les souverainistes de droite Grecs indépendants (ANEL), qui ont pu élire 10 députés au Parlement grec, formant ainsi 155 élus sur les 300 de la chambre.

Victoire à la Pyrrhus

Néanmoins, ce triomphe supplémentaire de Tsípras montre des éléments qui appellent à évoquer une victoire à la Pyrrhus. Le premier d'entre eux est que la coalition Syriza-ANEL est affaiblie. En effet, lors des élections du 25 janvier, elle était composée de 162 députés sur 300 (149 pour Syriza, 13 pour ANEL), et là, 155. Sept députés de moins. C'est pas grand-chose et ça n'empêche pas cette coalition, me direz-vous, chers lecteurs. Mais tout de même, c'est un premier élément indiquant une sanction envers la coalition gouvernementale de la part des électeurs grecs. En outre, Tsípras voulait que Syriza ait la majorité absolue et cela n'a pas marché.

Deuxième élément, et non des moindres, c'est l'abstention. Elle a atteint plus de 43% lors de ces élections, soit 6 points de pourcentage de plus qu'en janvier. Et ça, c'est un signal grave envoyé à Syriza et au reste de la classe politique grecque car les électeurs sont de plus en plus désabusés, estimant que leur voix ne compte plus dans les prises de décision au Parlement, surtout depuis la volte-face du gouvernement, acceptant des mesures d'austérité supplémentaires, alors qu'il avait incité à voter "Non" (avec succès) lors du référendum du 5 juillet. Et il ne serait guère étonnant que ce soit les prolétaires et les jeunes qui se soient détournés des urnes, prouvant une fois encore que le vote est devenu un "cens caché".

Triomphe de l'austérité

Il n'empêche, c'est un triomphe pour les tenants de la politique d'austérité en Europe. Ce triomphe, déjà présent en juillet dernier, lorsque Tsípras finit par capituler en acceptant un troisième mémorandum, avec des mesures d'austérité, un programme de privatisations à hauteur de 50 milliards d'euros, est désormais clairement établi dans les urnes. Certes, les néo-nazis d'Aube dorée ont réussi à avoir un élu supplémentaire, passant à 18 députés, le Parti communiste de Grèce se maintient avec 15 députés, mais l'ex-aile gauche de Syriza, regroupée sous le nom d'Unité populaire, n'est plus représentée au Parlement. Mieux, le Parti socialiste grec (Pasok) reprend peu à peu du poil de la bête, avec 17 députés contre 13 en janvier, et avec les neuf députés de l'Union des centristes, on peut dire que les partis capables d'organiser des politiques d'austérité, de gré ou de force, font main basse sur le Parlement, avec 267 députés sur 300. C'est plus tranquille qu'en janvier, où c'était véritablement plus tendu, avec notamment une Allemagne qui interférait beaucoup dans la campagne électorale grecque par exemple. Mais là, pas besoin.

Du coup, quand on parle de "résistance passive", comme l'écrit le journaliste Romaric Godin de La Tribune (cf lien n°2), que je connais bien et dont j'apprécie l'analyse, c'est un euphémisme.

Troubles pour la gauche radicale

Mais du coup, pour la gauche radicale européenne, les remous internes vont être importants. D'un côté, beaucoup de dirigeants de partis de gauche radicale saluent cette victoire du camarade Tsípras, semblant donner un second souffle à cette partie de l'échiquier politique. Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste, principale composante du Front de gauche (FG), et Pablo Iglesias, fondateur du parti espagnol Podemos, donnent l'exemple.

 

  • "Les grecs ont clairement dit de qui ils veulent comme Premier ministre. Féliciations Alexis Tsípras. Avec force, ami."

Cela est plutôt logique de leur part, d'autant plus qu'ils sont tenant d'une ligne pro-euro. Mais le problème, et Syriza l'a ainsi montré, c'est que l'euro est mortel pour la pensée socialiste, pour la gauche radicale. C'est un duel à mort. Et la défaite du gouvernement grec en juillet a provoqué un électrochoc chez certains qu'ils remettent en question la pertinence de l'idée de "réformer l'Europe de l'intérieur" et surtout de garder l'euro comme monnaie unique. C'est une mue social-démocrate, potentiellement social-libérale, qui est en marche. Le contraire devient difficile à croire pour une partie critique de la gauche radicale, notamment au Parti de gauche, la deuxième grande composante du FG, qui exprime ses doutes, comme le fait Alexis Corbière par exemple:

Toujours est-il que depuis juillet, l'équilibre unitaire au sein de la gauche radicale, en France avec le FG, comme ailleurs en Europe - au sein de Podemos, une de ses composantes ne cache pas sa critique envers Syriza -, tient au bout d'un fil qui peut rompre à tout instant car c'est une divergence de fond qui se fait jour.

P.S: Le dernier lien qui figure après ce billet est un article du journal états-unien Jacobin. Il relate le parcours de François Mitterrand, et sa trajectoire entre les années 70 - jouant le rouge -, et les années 80-90, devenu un président calme. Et ces traits politiques-là sont communs à Alexis Tsípras. C'est saisissant quand on s'en rend compte.

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