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Manuel Valls candidat à la primaire

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Bertrand Guay/AFP

Photo: Bertrand Guay/AFP

Dans la ville d'Évry, dont il a été longtemps le député-maire, Manuel Valls déclare sa candidature à l'élection présidentielle via la primaire socialiste (15 décembre - 20 janvier). Une candidature sous le signe du rassemblement, ce qui a de quoi faire rire ou mettre en colère une grande partie de la population, notamment celle des banlieues.

Le renoncement de François Hollande, jeudi 1er décembre,est certainement un soulagement pour Manuel Valls. Le Premier ministre a pu en profiter pour annoncer sa candidature à Évry, une ville dont a été le député-maire, lundi 5 décembre, devant un grande nombre de journalistes et de militants socialistes venus pour l'occasion. Dans son discours de candidat, il indique que sa démarche s'inscrit dans une volonté de "tout donner pour la France, qui [lui] a tant donné". Cela semble bien généreux et à-propos. En tout cas, il remet sa démission de Matignon, où il logeait depuis avril 2014.

Le rassemblement, vraiment?

Le candidat affirme que sa candidature s'inscrit dans une démarche de "rassemblement", de "conciliation", voire de "réconciliation". Il y a de quoi se dire qu'il suit la morale suivante: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas boulier qu'ils le sont". En effet, Valls n'a cessé de faire des déclarations et de poser en actes une ligne politique et économiques qui fracture la gauche. N'a-t-il pas théorisé l'idée qu'il y aurait désormais "des gauches irréconciliables", en faisant référence aux "frondeurs" du Parti socialiste (PS), ainsi qu'à la gauche radicale, notamment Jean-Luc Mélenchon, qu'il considère comme "archaïques"? N'a-t-il pas déclaré qu'il "aime l'entreprise" telle que la conçoit le Medef, durant l'université d'été de ce syndicat patronal en août 2014? N'a-t-il pas affirmé dans le Parlement, après les attentats du 13 novembre 2015, qu'aucune excuse "sociologique" ne peut être recherchée? Il y a de quoi citer encore d'autres exemples (cf lien).

En tout cas, Valls, ancien poulain de Michel Rocard, veut s'inscrire dans son héritage politique en étant la figure de l'aile droite du PS. Seulement, Rocard était sensible à l'idée de réduire le temps de travail alors que Valls, via la loi travail qu'il fit passer en force à trois reprises, pousse à l'augmentation du temps de travail de par la baisse du taux de majoration des heures supplémentaires. Comme si ça allait réduire le chômage! Puis, dans cette primaire socialiste, il aura affaire à deux de ses anciens ministres (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon) qui voudront régler des comptes avec lui. Mais ça peut l'avantager dans la mesure où ces deux-là lorgnent sur l'aile gauche du PS, de même que Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann. Ce qui affaiblit la dite aile gauche du parti.

Fossoyeur de la gauche

Même s'il sort vainqueur de la primaire, Valls n'est pas tiré d'affaire. Lui, qui se donnait l'image du réformateur, du pragmatique, il s'est fait piquer cette image par Emmanuel Macron, son ancien ministre de l'Économie, devenu le chouchou des médias mainstream et des bien-pensants libéraux, changeant de tête mais pas de matrice. Et comme la rancune peut être assez familière au catalan Valls, il droitisera volontiers son discours pour tourner en ridicule Macron. Ce qui ouvrirait une brèche à gauche pour Mélenchon, qui tient à briser l'hégémonie du PS sur la gauche française, ce qui serait une première depuis 1978, et marquerait la fin du PS d'Épinay, pris entre deux feux. Au cas où cela empêcherait la gauche d'être au deuxième tour de la présidentielle, Valls rejettera la faute aux autres candidats, notamment Macron et Mélenchon, alors que ce serait la conséquence de son travail de fossoyeur de la gauche, qu'il mène depuis un certain moment.

Une xénophobie décomplexée

Il n'empêche, Valls symbolise une xénophobie décomplexée, un racisme devenu politiquement correct au fil des années. Du temps où il était député-maire d'Évry, il se plaignait du manque de "white, de blancos" dans sa commune. Son laïcisme militant le rend dangereux pour la sauvegarde de la laïcité, avec son soutien aux maires de droite de la Côte d'Azur durant la polémique sur le burkini, en août dernier, de même qu'il doute de la capacité de l'Islam à "être compatible avec les lois de la République". Sans compter ses propos sur les Roms, dont la situation ne s'est guère améliorée ces dernières années. Puis l'arsenal judiciaire a été fortement renforcé durant son gouvernement, avec la loi renseignement puis l'instauration de l'État d'urgence.

Mais il peut lui arriver d'avoir un instant de lucidité. Par exemple, en janvier 2015, il évoquait l'existence d'un "apartheid" (social) en France. Ce qui lui valut des critiques à droite. Mais bon, ça ne veut pas dire qu'il s'était résolu à combattre ce dit apartheid. Et ça, les Français "non-blancs" ne sont pas près de l'oublier de sitôt. Soit en empêchant Valls de gagner la primaire, soit en s'abstenant de voter, prouvant encore une fois le concept de "cens caché" du vote, de nos jours.

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