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Merci pour ce quinquennat, François Hollande

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/Stephane De Sakutin

Photo: REUTERS/Stephane De Sakutin

À l'heure de passer la main à Emmanuel Macron, François Hollande devra passer par la case bilan, qui est profondément médiocre aux yeux de la majorité des Français. Encore plus quand il s'agit des électeurs voté pour lui en 2012, ayant le sentiment d'avoir été trahi par l'ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, qui sort fragilisé de ce quinquennat.

Il aurait été tentant pour moi de mettre comme titre "Merci pour ce moment" à cet article sur François Hollande, mais comme ça a été usé jusqu'à la corde, suite à la publication du livre de Valérie Trierweiler en 2014, autant ne pas faire de copier-coller, chers lecteurs. Toujours est-il que dimanche 14 mai, Hollande passe le pouvoir suprême à Emmanuel Macron, vainqueur à la Pyrrhus de l'élection présidentielle de 2017, à laquelle le président Hollande avait renoncé à se représenter en décembre 2016. Du coup, l'heure du bilan semble avoir sonné.

Le reniement, c'est maintenant

Hollande, qui s'était déclaré en 2012 comme candidat du changement, a finalement adopté comme slogan au pouvoir, "le reniement, c'est maintenant". Reniement économique avec le coming-out (social-)libéral du 14 janvier 2014, où le président annonçait la mise en place du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), plus le pacte de responsabilité, qui se voulaient être des politiques en faveur de l'offre, du marché, des entreprises (réduction, voire exonération, de cotisations sociales), afin de créer des emplois et d'espérer ainsi réduire le chômage. Non seulement, le CICE et le pacte de responsabilité ont juste permis le maintien de 50.000 à 100.000 emplois, mais en plus, le chômage a cru sur la majeure partie du quinquennat. Selon l'Insee, le taux de chômage est passé de 9,5% début 2012 à 10% fin 2016. Reniement sur l'Europe aussi, car Hollande promettait de renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance et une fois élu, il s'est couché devant la chancelière allemande Angela Merkel. Un élément supplémentaire pour alimenter une critique, voire un refus de l'Union européenne actuelle, à laquelle tient pourtant Hollande.

Mais il n'y a pas eu que sur les questions économiques que Hollande a déçu les Français, notamment les Français non-blancs accumulant les difficultés. La divulgation impunie d'un racisme institutionnel sur les cinq dernières années a fait fuir, à raison, l'électorat des quartiers populaires, qui subissent le plus l'instauration de l'État d'urgence - au nom de la défense nationale parait-il -, qui fait que la France n'est pas dans la pratique un État de droit classique car le droit d'exception est la règle depuis les attaques du 13 novembre 2015. Il faut rajouter les violences policières, expression la plus directe du racisme institutionnel, avec les morts d'Adama Traoré, de Liu Shaoyao ou encore le viol de Théodore Luhaka. Mais également des expressions indirectes que sont les discriminations à l'embauche, estimées provoquer un manque à gagner économique de 150 milliards d'euros. Bref, un apartheid made in France dont on n'ose pas dire le nom, par hypocrisie au sein de la classe dominante, qui espère pouvoir jouir davantage avec Macron, le successeur de Hollande et ancien ministre de l'Économie. Notamment avec une future loi travail qui passerait par ordonnances, quitte à provoquer des grèves et manifestations plus massives qu'au printemps 2016 et, bien entendu, à réprimer encore plus violemment par les forces de l'ordre (social).

Du Grand chelem au zéro pointé

Mais là où l'ancien Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) a été excellent, c'est dans la capacité à avoir détruit son propre camp. Sa proposition d'extension de la déchéance de nationalité, fin 2015, a été dévastatrice au sein du PS et de la gauche française, jetant un flou profond dans cette partie de l'échiquier politique. La chute de la gauche culmine avec son élimination au premier tour de la présidentielle, malgré le score de Jean-Luc Mélenchon pour la France insoumise, incarnation de l'opposition de gauche au pouvoir socialiste.

Et pourtant, il faut se rappeler qu'en 2012, après les élections législatives, le PS avait fait le Grand Chelem en étant en mesure d'avoir la majorité à l'Assemblée nationale, au Sénat, dans les régions, dans les départements, dans les communes et même aux européennes, si on réfléchit un peu sur celles de 2009. Et après cela, une série d'humiliations continues. Branlée aux municipales de 2014, correction aux européennes de 2014, gifle aux départementales de 2015, défaite aux régionales de 2015 et enfin déflagration à la présidentielle de 2017. Bref, c'est la démonstration de la pasokisation du PS, payant chèrement son mariage avec le social-libéralisme et qui, à moins d'un miracle, ne retrouvera plus pendant longtemps son hégémonie à gauche car les électeurs qui ont manifesté contre la loi travail en 2016 garderont comme leitmotiv: "Nous ne voterons plus PS".

C'est à se demander si ce parti serait en mesure d'élire un député en juin prochain, tellement Hollande a fait des dégâts.

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