Mise en examen de Vincent Bolloré, symbole de la France à fric

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Société d'Encouragement

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Après 48h de garde à vue, l'homme d'affaires français est mis en examen pour corruption dans le cadre de la concession de ports en Guinée et au Togo. Une illustration des pratiques de la Françafrique toujours bien en place et qui pèsent sur la vie des populations locales dans le cadre du capitalisme des héritiers made in France.

Ce n'est pas tous les jours qu'un capitaliste se retrouve à devoir s'expliquer devant des juges et le cas de Vincent Bolloré mérite qu'on s'y attarde un peu. L'homme d'affaires français, dont le groupe fondé par ses aïeux au 19e siècle tisse sa toile dans de multiples secteurs d'activité tels l'industrie portuaire et ferroviaire, l'industrie automobile, le monde de la communication et dernièrement, et non des moindres, les médias, est mis en examen pour corruption auprès de l'actuel président guinéen Alpha Condé et de son homologue togolais Faure Gnassingbé, via l'agence de communication Havas et l'influence du groupe Canal + en Afrique francophone, sous la coupole de Bolloré, afin de bénéficier de la concession des ports de Conaky et de Lomé, capitales respectives de la Guinée et du Togo. En tout cas, avec cette mise en examen, Bolloré pourra en profiter pour savoir les éléments qui sont à charge et tenter de se défendre. Ce qui promet une longue procédure qu'il ne faudra pas perdre de vue (cf lien).

Une toile néfaste

Cette affaire de corruption révélée par le journal Le Monde, où Bolloré demeure présumé innocent, pourrait être également l'occasion de réveiller d'autres comportements de la part du groupe Bolloré en Afrique francophone. En effet, le groupe Bolloré est présent au Congo-Brazzaville ainsi qu'au Congo-Zaïre, au Gabon, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, au Bénin, etc. où il opère des opérations très profitables dans le domaine du transport ferroviaire, en bénéficiant de concessions de la part des gouvernements locaux, ou dans la collecte du bois dans les grandes forêts d'Afrique centrale. Et ce, quitte à être lié à des catastrophes, comme l'accident ferroviaire d'Éséka, au Cameroun, en 2016, qui fit 79 morts et 551 blessés. Le groupe Bolloré y est lié car la compagnie ferroviaire Camrail, une compagnie privée issue de la privatisation du rail camerounais dans les années 1990, est contrôlée par le groupe Bolloré (77% du capital). Mais ça n'a pas fait tellement de bruit en France et ailleurs.

Il faut dire que l'influence politique et médiatique de Bolloré y est pour quelque chose vu comment il pose sa main de fer sur Canal +, mettant en place une politique de censure et s'irritant très vite sur des reportages critiques comme celui de l'émission Complément d'enquête sur France 2 et des conditions d'exploitation des travailleurs du groupe dans l'Afrique francophone.

Le poison de la Françafrique

Cette mise en examen doit inciter à rappeler un fait que nombre de personnes, en particulier les tenants du mainstream libéral jouant sur le déclinisme de la France, ou les souverainistes jurant que la France a perdu toute souveraineté en raison de son ancrage dans la zone euro, omettent dans leur analyse. En Afrique, la France compte. D'ailleurs, le commerce entre l'Hexagone et l'ensemble du continent africain est excédentaire selon l'Insee, dans la mesure où la France tente tant bien que mal à exporter mais surtout importe de moins en moins des produits africains.

Signe, pour qui en doute encore, que la Françafrique n'a pas fini d'exister, contrairement aux discours éculés des dirigeants français ces dernières années. Et bien entendu, il n'est pas question d'émettre des critiques à ce sujet. Et encore moins de remettre en cause ce privilège absolu en matière de souveraineté pour la France qu'est le Franc CFA, et que les critiques qui sont faites au sein de la société civile en Afrique francophone sont salutaires pour le développement économique de ces pays, mais encore bien insuffisantes car les structures économiques et sociales ont été privatisées à mort des 30 dernières années, puis ont servi à des capitalistes comme Bolloré, des héritiers d'empires industriels, de tirer l'exploitation du prolétariat non-blanc, au nom des intérêts de l'Hexagone. Mais le retour de boomerang de ce néocolonialisme, de cet impérialisme occidental, est la vague migratoire dont la droite et l'extrême-droite chouinent à longueur de journée alors qu'il est la conséquence directe d'une politique capitaliste à laquelle ces forces politiques adhèrent de fond en comble.

Mais ça, les paternalistes de droite et d'extrême-droite, tout comme les fraternalistes de gauche et d'extrême-gauche, ne veulent pas le voir, et encore moins l'admettre! Au contraire, ils feront tout pour blanchir leurs responsabilités, sans vergogne.

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