Un apartheid sanitaire en marche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Jacques Paquier

Photo: Flickr/Jacques Paquier

L'adoption du pass sanitaire, en deuxième délibération, illustre un verrouillage des libertés, au nom de la santé, avec l'arrière-pensée de faire culpabiliser les personnes ne voulant pas se faire vacciner et de mieux rejeter la faute sur ces derniers.

À croire que l'histoire aime faire des sinistres farces! Dans la nuit du 11 au 12 mai, le texte de sortie de l'état d'urgence, avec l'introduction d'un pass sanitaire, fut voté par l'Assemblée nationale... en deuxième délibération. Un coup tordu par la majorité présidentielle, à savoir la République en marche, qui a peu goûté au fait que la première délibération eut rejeté le texte, dans l'après-midi, notamment le fait que le Modem, allié du parti présidentiel, vota majoritairement contre. Faire rentrer dans le rang les esprits récalcitrants, une logique bien militaire et crétine (cf liens n°1, n°2)!

Retour vers le futur

Après, d'aucun(e)s diront que ce n'est qu'une suite logique, étant donné que la première impulsion pour un pass sanitaire est venue des instances européennes vu qu'en mars dernier, la Commission européenne avait présenté un plan en ce sens, histoire de permettre à des pays ayant un secteur du tourisme important (France, Espagne, Italie, Grèce, Portugal, etc.) de se refaire une certaine cerise, tant la mutation économique de la crise sanitaire les a laissé sur le flan. Et certains députés français réfléchissaient à cette hypothèse fin décembre 2020, entre Noël et le jour de l'an.

C'est une atmosphère de retour vers le futur qui en découle. Mais d'un temps que les moins de 30 ans n'ont pas connu et encore moins vécu, à savoir celui de l'apartheid en Afrique du Sud. En ce temps-là, les restrictions de libertés pour les non-blancs étaient légion de 1948 à 1991, notamment la liberté de circulation avec le Pass law act de 1952, introduisant l'obligation pour les Sud-africains noirs d'avoir un laissez-passer, en fait un passeport intérieur, pour pouvoir pleinement circuler dans leur propre pays. Et le principe du pass sanitaire, quoiqu'en disent ses défenseurs, utilisant la pandémie comme prétexte, c'est de réserver certaines activités, en l'occurrence aller à des concerts, des festivals ou autres activités culturelles à des personnes soit vaccinées, soit présentant un test PCR négatif; les autres en étant exclues. C'est de la séparation, stricto sensu. Et en afrikans, séparation se traduit par... apartheid.

En tout cas, ça illustre encore combien la stratégie française de "stop and go", comme dans d'autres pays développés, a conduit à une triple peine (capitaliste, bourgeoise): une surmortalité liée à un secteur hospitalier débordé, en raison d'un dépeçage au long cours et antérieur à la crise; une récession record, avec des secteurs d'activité à l'arrêt ou fonctionnant à huis clos et l'éventuelle reprise ne pourra pas masquer un effet d'hystérèse sur le chômage, laissant poindre une nouvelle décennie perdue à l'horizon; enfin, un recul des libertés individuelles et collectives car le pouvoir sut se saisir de la crise pour verrouiller le cadre de la parole publique, limitant encore plus le droit à l'esprit critique et à documenter des faits (cf loi sécurité globale).

Des comptes devront être rendus, sauf si le pouvoir arrive à suffisamment aliéner les esprits pour passer entre les gouttes.

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