Quelle diplomatie française pour demain?

Publié le par JoSeseSeko

Quelle diplomatie française pour demain?

En dépit des inflexions, pour des raisons économiques, réalisées depuis le retour du Parti socialiste au pouvoir (2012), la diplomatie française n'est plus devenue aussi neutre depuis son rapprochement avec les États-Unis, au milieu des années 2000. Un atlantisme qui l'expose de facto au terrorisme et obligeant Paris à répliquer fortement.

"Si vis pacem, para bellum" (si tu veux la paix, prépares la guerre). Ce proverbe romain a du résonner au sein des diplomates et militaires français depuis les attaques terroristes menées dans plusieurs coins de Paris, vendredi 13 novembre. L'émoi provoqué par ces civils tués par des membres de l'État islamique a remobilisé les esprits. Mieux encore, le prestige de l'uniforme en sort grandi vu que l'armée enregistre un nombre de candidatures record en 2015 (cf lien n°1), et que le budget de la Défense pourrait être renforcé continuellement au moins jusqu'en 2019 (sauf si l'élection présidentielle de 2017 en dirait autrement).

Aller au bout

Ce genre de nouvelles devrait motiver les États-majors, qui jusqu'à présent, faisaient grise mine puisqu'ils faisaient partie des blocs de fonctionnaires visés par des coupes budgétaires, austérité européenne oblige. Mais avec les événements et le discours martial du président François Hollande lundi 16 novembre à Versailles, appelant à intensifier les frappes sur les zones de contrôles de Daech en Syrie, il y a de quoi se sentir pousser des ailes du côté de l'armée de l'air. Des renforts viendront prêter main-forte aux soldats aériens déjà lancés dans les opérations de bombardement, à partir du porte-avion Charles de Gaulle. En outre, depuis une semaine, les troupes aériennes états-uniennes et russes emboîtent le pas des français, intensifiant également leurs frappes.

Néanmoins, il reste encore des zones d'ombre sur la gestion internationale de la crise syrienne. En particulier sur le pouvoir à Damas. Restera-t-il dans les mains de Bachar el-Assad ou pas? Question centrale pour qu'il y ait pleine coopération entre états-uniens, français, britanniques et russes notamment. Et une autre question risquera de se poser prochainement. Faudra-t-il combattre au sol afin de battre complètement Daech? Et si les coalisés veulent aller au bout, cette éventualité ne pourrait pas être écartée.

Choc d'impérialismes

Le problème, dans cette tragédie, c'est qu'il n'y a une absence de projection claire de l'avenir de la Syrie, qui devra en plus gérer un retour de réfugiés, en espérant qu'il sera moins mortel que le départ. Et ce n'est pas les Syriens qui ont leur destin entre leurs mains! En outre, les exemples de l'Afghanistan, de l'Irak et de la Libye n'incitent guère à l'optimiste quand l'Occident joue les va-t-en guerre, afin de défendre son impérialisme pluriséculaire.

Il faut dire que cet impérialisme occidental est menacé par un impérialisme qui germe dans un monde arabo-musulman dominé. Et sous l'angle du terrorisme (Al-Qaïda puis EI), il monte en puissance, tant au niveau économique que politique. Et c'est une des raisons pour lesquelles la France se retrouve parmi les pays occidentaux les plus menacés, y compris dans ses sphères d'influence économique, comme en atteste la prise d'otage mortelle à Bamako, capitale du Mali, vendredi 20 novembre (cf liens n°2 et 3). Ce qui permet de rappeler que la France a toujours des troupes sur place depuis le lancement de l'opération Serval, datant de janvier 2013, afin de lutter contre des terroristes d'Al-Qaïda et les rebelles touaregs. Ce qui m'oblige à évoquer combien la Françafrique, actuellement menée par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, selon des députés qui ont fait un rapport sur le sujet, demeure puissante dans la politique extérieure de Paris. Bien sûr, aucune critique n'est permise. Ces fameux députés en ont fait les frais!

Une diplomatie économique...

Pour revenir à la diplomatie française, stricto sensu, le principal axe mené par Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, est ce qui s'appelle la diplomatie économique. C'est-à-dire une priorité aux accords commerciaux entre la France et d'autres pays, plutôt que des alliances militaires (exception faite de ventes d'armes made in France). C'est dans cet état d'esprit que la France a réchauffé ses relations avec Cuba, avec la visite de Fabius à La Havane en avril 2014, puis celle de Hollande en mai 2015, par exemple. Puis, plus symboliquement, le Commerce extérieur, qui était soit un ministère, soit un secrétariat d'État relié au ministère de l'Économie, est depuis 2014 rattaché au ministère des Affaires étrangères. Ce qui a irrité un tant soit peu les fonctionnaires de Bercy face à ceux du Quai d'Orsay.

Cette diplomatie économique illustre aussi une volonté pour le gouvernement de permettre à plusieurs firmes françaises de diversifier leurs zones de vente, en touchant des régions auxquelles elles étaient plus réticentes à investir où à exporter, telles l'Amérique latine ou l'Inde par exemple, des régions où le développement économique suit un rythme soutenu. Puis, c'est un moyen d'être moins dépendant du marché européen, qui reste majoritaire pour les firmes hexagonales mais vu la conjoncture fragile de l'Union européenne, ça ne les tire pas vers le haut.

... masquée par l'atlantisme latent

Pourtant, ce n'est pas ça qui va retenir l'attention des citoyens. Ce qui est marquant pour eux, c'est l'évolution de la diplomatie française vers un pro-américanisme qui fait grincer des dents. Et pour cause! En 2003, la France, alors sous le second mandat de Jacques Chirac, refusa de suivre son allié dans la guerre en Irak, poussant Washington à bouder Paris, où un anti-américanisme "primaire" serait dominateur. Or, c'est juste que les justifications du président d'alors, George W. Bush, étaient mensongères. Et dans le même intervalle, la France avait une ligne diplomatique considérée comme pro-arabe, avec pour symboles les tournées triomphales de Chirac en Algérie et en Palestine.

Tout cela a changé à partir de l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, avec une diplomatie axée sur un alignement progressif avec les États-Unis et Israël. L'exemple le plus parlant fut le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN en 2009, 43 ans après l'avoir délaissé, sous la volonté de Charles De Gaulle. Hollande, succédant à Sarkozy en 2012, qui avait pourtant voté non en 2009 à ce retour, n'y a pas touché. Il poursuit la ligne atlantiste (américanisation oblige) et pro-israélienne de son prédécesseur. Pour preuve, des interdictions de manifestations pro-palestiniennes lors de l'été 2014. Et cela peut irriter certains de ses électeurs vu combien les États-Unis avec Barack Obama n'ont pas fondamentalement changé dans leur vision de contrôle du monde et qu'Israël est gouverné par Benyamin Netanyahou, qui droitise tellement sa ligne politique qu'il en devient révisionniste. Bref, qui n'est pas Yitzhak Rabin qui veut! Et ce n'est pas pour faire de l'anti-américanisme primaire, ni être antisémite. J'espère que vous ne penserez pas ainsi en voyant ce qui est écrit, chers lecteurs.

Enfin, j'aimerais vous laisser méditer cette phrase du 3e président des États-Unis, Thomas Jefferson. Elle indique ce que devrait être la diplomatie optimale dans ce monde, si la raison faisait signe de vie. La voici:

  • "La paix, le commerce, une honnête amitié avec toutes les nations, des alliances étroites avec aucune."
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