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Fillon en ballotage favorable

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

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Le premier tour de la primaire de la droite et du centre a vu François Fillon sortir en tête, avec 44,1% des voix, contre 28,6% pour Alain Juppé, qui sera son challenger. Du coup, une claque pour Nicolas Sarkozy, exhorté de prendre définitivement sa retraite politique.

Le duel final dans la primaire de la droite et du centre se fera entre deux anciens Premiers ministres. D'un côté, François Fillon, ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant tout le mandat présidentiel de ce dernier (2007-2012). De l'autre, Alain Juppé, ancien Premier ministre de Jacques Chirac de 1995 à 1997. Et l'avance du député de la 2e circonscription de Paris (plus de 15 points d'écart) semble être insurmontable pour le maire de Bordeaux.

Quelques nuances libérales

L'orientation économique que veulent donner à la France les deux finalistes de la droite est sensiblement la même. Elle suit une logique libérale très ancienne (XVIIIe siècle), qui a droit de cité dans l'exposition médiatique, sans que ça ne choque beaucoup de citoyens, car l'aliénation y est de rigueur. Les deux candidats restants convergent sur les coupes dans la fonction publique, avec des suppressions de plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires, un allongement de la retraite à 65 ans (au nom de l'espérance de vie en hausse), du temps de travail, une suspension des allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire, une suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune et une dégressivité des allocations.

Maintenant, des nuances existent dans ce cadre bien-pensant. Pour Juppé, 80 à 100 milliards d'euros de coupes budgétaires sont à organiser s'il était élu, avec 250.000 fonctionnaires en moins, mais un renforcement des effectifs de fonctionnaires régaliens (police, justice, armée) à hauteur de 10.000 fonctionnaires sur l'ensemble du quinquennat. Pour Fillon, c'est l'entrepreneuriat qui prime (cf lien n°1), avec une baisse de 40 milliards d'euros des cotisations sociales des entreprises, se basant sur le succès de l'auto-entrepreneuriat et sur l'uberisation de l'économie. En outre, au moins 100 milliards d'euros de coupes budgétaires sont annoncées dans le programme, avec 500.000 fonctionnaires de moins durant le quinquennat puis une hausse plus importante de la Taxe sur la valeur ajoutée que celle proposée par son challenger.

Bref, une envie profonde de dégommer tous azimuts pour les deux candidats. Problème, c'est l'endroit où il faut couper le plus. Dans la fonction publique d'État? Juppé ne semble pas disposé à le faire et Fillon ne précise pas son intention. Du coup, sur les collectivités territoriales, que leur parti (Les Républicains) ont largement repris au Parti socialiste depuis 2012? Ce serait se mettre une balle dans le pied politiquement parlant. Reste la Sécurité sociale. Et cette dernière est l'administration publique la plus massive au niveau budgétaire. Donc, ce serait là que l'austérité, en matière de personnel, se ferait sentir. Or, en voulant réduire les cotisations sociales, dont l'effet récessif est plus rapide que celui de la baisse d'effectifs, cela ne fera qu'accroître le "trou de la Sécu" au lieu de le résorber. En tout cas, les candidats veulent tout de même que l'État reste en place. Ce qui est la marque de fabrique du libéralisme et de son alliance avec le conservatisme car cet agent économique doit, pour eux, rester cantonné à servir les intérêts de la classe dominante, d'un petit nombre, alors que l'objectif historique des socialistes, des communistes et des anarchistes, est de détruire l'État, afin de fonder une société sans classes. Enfin, l'uberisation correspond à une paupérisation accrue des travailleurs, rendant encore plus difficile la possibilité pour les administrations publiques de trouver un équilibre financier.

Fillon, le nostalgique de la colonisation

Le positionnement en ballotage favorable de Fillon en indigne plus d'un, du côté de la gauche, car l'ancien Premier ministre avait lancé un discours très critique sur l'enseignement, durant l'été, où il déplorait le déploiement d'une mauvaise image de la colonisation française aux XIXe et XXe siècles dans les cours d'histoire, car à ses yeux, "la France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique" (cf lien n°2). Encore faut-il qu'elle ait eu envie de faire partager cette dite culture. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 n'avait pas droit de cité dans les anciennes colonies. C'était le code de l'Indigénat qui prévalait, avec tout le racisme que ça comportait dans un cadre juridique favorisant toujours les colons face aux colonisés. Sans compter le travail forcé. Puis la colonisation, c'était quoi économiquement? Des dépenses publiques (envoi de troupes, investissement d'infrastructures) pour des bénéfices privés (concessions pour l'exploitation des ports, des routes, des chemins de fer, des minerais, etc.). Bref, un discours bien paternaliste et très traditionnel à droite. Mais très partagé à gauche, sous un autre angle, le fraternalisme, qu'Aimé Césaire dénonça en son temps. Cette pratique perdure encore à travers la Françafrique, qui permet à la France et aux multinationales françaises d'avoir des contrats juteux en Afrique francophone car les barons locaux tiennent au soutien de Paris en cas de coup dur. Et bien sûr, pas question d'émettre une critique au sein des institutions de la République. Question d'intérêt économique!

Nouvelle retraite pour Sarkozy

Le proverbe latin "Vae victis" (malheur aux vaincus), pourrait bien se vérifier une nouvelle fois. Notamment pour le premier des vaincus du premier tour, Nicolas Sarkozy. L'ancien président de la République, au mépris de sa parole donnée en pleine campagne soit dit en passant, est revenu sur la scène politique en espérant redevenir chef de l'État. Et le moins que l'on puisse, c'est que même son propre camp politique en a eu assez de lui. Une claque sévère pour lui. Mais elle pourrait lui paraître bien douce à l'avenir.

La justice l'attend au tournant. Que ce soit pour les financements de ses campagnes de 2007 ou de 2012, Sarkozy risque gros. En particulier pour celle de 2007, avec les déclarations de l'homme d'affaires Franco-libanais Ziad Takieddine au journal Mediapart, sur des versements de 5 millions d'euros de la part de Mouammar Kadhafi, président de la Libye, entre novembre 2006 et janvier 2007 pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy. Et comme en 2011, le dictateur libyen fut renversé par une rébellion soutenue par une coalition franco-britannique, la coïncidence est troublante. Va falloir qu'il soit roublard pour se tirer d'un tel guêpier!

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