Clarification en vue pour la France insoumise?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Thomas Bresson

Photo: Flickr/Thomas Bresson

Le départ de Djordje Kuzmanovic de la France insoumise suscite des remous au sein du mouvement, d'autant plus que le désormais ex-orateur national accuse la direction de céder au "gauchisme", rimant avec "indigénisme" selon ses partisans, au lieu d'appliquer une stratégie populiste, souverainiste. Mais est-ce que ça règle la stratégie de la FI pour les élections européennes? Ce n'est pas si certains et ça pourrait coûter cher.

Nouvel épisode de remous du côté de la France insoumise (FI). Après les perquisitions du mois d'octobre, dont plusieurs personnes estiment que c'est une manœuvre politique de la part du pouvoir pour discréditer la principale force d'opposition de gauche, voilà qu'une crise interne se met à nu, avec l'annonce du départ Djordje Kuzmanovic, jusqu'alors orateur national au sein de la FI, chargé des questions internationales et de défense, ce mercredi 28 novembre. Dans une tribune publiée sur le journal Marianne (cf lien), Kuzmanovic explique dans le détail son départ, lié à son exclusion de la liste FI pour les élections européennes, accompagnée de celle de son camarade François Cocq; les deux ayant pour points communs de développer une ligne souverainiste, voire populiste, et d'avoir exposé publiquement des prises de positions divergentes, critiques par rapport à celle de la direction de la FI.

Souverainisme vs communautarisme?

Plus loin, dans cette tribune, Kuzmanovic parle de la rupture prise avec le programme "l'Avenir en commun", qui appuyait une ligne populiste, dépassant le "clivage droite-gauche" comme l'ancien militaire le souhaite depuis un moment, un lien direct entre le peuple et le chef, en l'occurrence Jean-Luc Mélenchon, et qui aurait permis le résultat important de Mélenchon à l'élection présidentielle (19,58% des voix); face à une ligne gauchiste, voire communautariste, "indigéniste", qui s'inscrit dans un cadre anglo-saxon, donc "contraire au républicanisme français". Plusieurs remarques dans cette opposition entre souverainisme et communautarisme faite:

  1. Kuzmanovic croit que c'est la ligne populiste qui a permis le score de Mélenchon à la présidentielle. Mais il omet la question du discrédit du Parti socialiste, alors au pouvoir; ainsi que le soutien logistique et politique de plusieurs partis tels Ensemble! et surtout le Parti communiste, même si ce n'était pas évident.
  2. Kuzmanovic considère que l'influence des gauchistes de la FI, défendant une ligne intersectionnelle, une "non-hiérarchisation des luttes" est une erreur, facilitant le communautarisme. Son optique de hiérarchisation des luttes est pourtant celle de la gauche française depuis des décennies, et les effets sur l'amélioration des conditions des exploité(e)s ne se sont pas faits sentir. Au contraire, c'est plutôt une collaboration de classes qui s'est opérée, aggravant la situation du prolétariat dans son ensemble. En fait, Kuzmanovic se comporte en fraternaliste - comme le définissait en son temps Aimé Césaire, que la gauche française devrait relire expressément du reste, tout comme C.L.R James et la question de l'articulation des luttes -, donneur de leçons qu'il n'a pas apprises de toute façon, croyant savoir quel chemin suivre vers "la Raison et le Progrès", rejoignant ainsi, sans s'en rendre compte, la classe bourgeoise, qui estime que la voie de développement faite en Europe et en Amérique du Nord est celle qui doit se répandre dans le reste du monde, au mépris des autres peuples et de la planète, vu le réchauffement climatique régulièrement constaté.
  3. Kuzmanovic estime que le républicanisme français serait menacé par le communautarisme. Il vise par là les non-blanc(he)s des quartiers populaires, représentant la partie du prolétariat la plus marginalisée politiquement. Mais alors, s'il était logique avec lui-même, il condamnerait le communautarisme blanc, ultra-dominateur en France, comme ailleurs dans l'ensemble des pays développés. Problème pour lui, ce serait avouer que le républicanisme français qu'il vante est un mythe car la République, telle qu'elle a toujours été, sauf une relative exception durant une partie de la Révolution française, une république conservatrice, une république impérialiste. Or, dénoncer l'impérialisme républicain français reviendrait forcément à faire dans le gauchisme, l'indigénisme, aux yeux de Kuzmanovic et de ses partisans qui ne supportent aucunement la contradiction.

Bref, Kuzmanovic fait du Calimero, pleurnichant à cause des "méchants gauchistes, communautaristes et indigénistes", sans se remettre en question sur le fraternalisme, le communautarisme des dominants et la droitisation de la société, en phase avec le capitalisme qu'il ne semble pas tellement prêt à vouloir abattre, notamment dans sa dimension impérialiste.

Méthodes staliniennes

Cependant, là où Kuzmanovic a parfaitement raison, et il faut le souligner, c'est la forme utilisée par la direction de la FI. C'est une expulsion de la liste des européennes menée de manière autoritaire, a-démocratique, digne des méthodes staliniennes au 20e siècle au sein des partis communistes. Et quand on sait que Mélenchon, dans sa jeunesse, avait milité dans le milieu trotskyste, c'est assez cocasse de le voir figure de proue d'un mouvement appliquant de pareilles méthodes. Et ce, quoiqu'on puisse penser des idées de la personne expulsée de la liste électorale.

Mais ce départ s'ajoute avec celui d'autres départs observés ces derniers mois. Tout d'abord, Liêm Hoang Ngoc, ensuite Sophie Rauszer, Corinne Morel Darleux, et d'autres militants insoumis, qui ne savent plus tellement dans quelle direction la FI souhaite s'engager. Ce qui laisse une impression de verrouillage, que plusieurs insoumis avaient déjà relevé durant l'été, au prix d'échanges tendus avec certain(e)s de leurs camarades.

Plan B sacrifié

D'ailleurs, la question du "plan A/plan B", qui avait été mise en avant durant la présidentielle a perdu de l'importance ces derniers mois, comme le souligne avec raison Kuzmanovic. Pourquoi cela? Parce que cela semblait "populiste" et qu'il ne permettait pas suffisamment d'agréger, ou de phagocyter - c'est selon -, d'autres forces politiques auprès des Insoumis. Et on peut rejoindre la critique de Kuzmanovic, qui était déjà celle développée par Hoang Ngoc, envers l'idée d'un "rassemblement" de la gauche autour de la France insoumise, qui est la force hégémonique à l'heure actuelle, sacrifiant le plan B, qui correspondait, en principe, à prendre l'option d'une sortie française de l'euro par voie référendaire, et ne plus tellement remettre en cause la construction européenne "telle qu'elle est"; au profit de voir des anciens socialistes tels Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, retrouver leur ancien camarade Mélenchon (32 ans au PS, quand même) et obtenir des places éligibles pour les élections européennes.

Reste à savoir ce que vont décider certain(e)s militant(e)s insoumis(es) dans les prochains jours. Quitter le mouvement par dégoût, vu que nombre d'entre eux/elles sont résolument opposé(e)s à l'euro, monnaie permettant un choc asymétrique positif pour l'Allemagne et asphyxiant toute tentative qui relèverait du socialisme, du communisme, de l'anarchisme, de l'écologie politique; ou rester en menant une bataille interne. Ça promet encore une exposition de contradictions chez les Insoumis.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article