Un mauvais remake de 2017 à l'horizon?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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À moins d'une semaine des élections européennes, promises à une abstention record, la mise en avant d'un duel entre la majorité présidentielle et l'extrême-droite puis une gauche mise à l'écart et tiraillée en son sein, n'incitent guère à l'optimisme.

"Faut-il aller voter aux élections européennes?" Telle est la question qui se pose à l'approche de ces élections, prévues dimanche 26 mai. Ça a fait l'objet d'un débat du côté du site Le Média (cf vidéo à la fin de l'article) tant ces élections, qui n'ont jamais été très mobilisatrices, sont promises à une nouvelle abstention massive. Et vu le spectacle politique offert en France, comme ailleurs dans les pays de l'Union européenne (UE), il y a de quoi se demander si ça vaut le coup de se déplacer vers le bureau de vote ou de se dire comme Renaud, du temps où il était plus jeune et où il chantait dans Où c'est qu' j'ai mis mon flingue: "C'est pas d'main qu'on m' verra marcher/ Avec les connards qui vont aux urnes/ Choisir c'lui qui les f'ra crever/ Moi, ces jours-là, j' reste dans ma turne/ Rien à foutre de la lutte de crasse/ Tous les systèmes sont dégueulasses".

Retour vers le futur

En premier lieu, il n'y a qu'à voir comment ces élections sont présentées médiatiquement. La grande presse fait de ces élections un match retour entre le camp d'Emmanuel Macron et celui de Marine Le Pen, pour entériner ou remettre en cause ce qui s'est produit lors de l'élection présidentielle de 2017, à savoir, une finale entre Macron et Le Pen, les deux mamelles d'une France droitisée à l'extrême et la victoire à la Pyrrhus du premier sur la seconde. Bien entendu, les mass media se justifieront à travers les sondages, qui placent le Rassemblement national (RN) et la République en marche (REM) au coude-à-coude (même si le RN est devant la REM). Mais vu combien sont en lien étroit avec l'exposition médiatique, il y a un biais évident favorisant une atmosphère de retour vers le futur entre le pouvoir actuel et son assurance-vie, comme le décrivent certains observateurs critiques.

En conséquence, les mass media ostracisent plus ou moins les autres forces politiques qui participent à ces élections. N'oublions pas qu'il y a 34 listes électorales pour ces européennes! Certaines forces comme les Républicains (LR), la France insoumise (FI), Europe écologie-les Verts (EELV), le Parti socialiste (PS) associé au mouvement Place publique (PP), ou encore le Parti communiste (PC) ont droit à un certain temps pour évoquer ce qu'ils proposent. D'autres non, comme l'Union populaire républicaine (UPR) qui s'estime censuré par les médias depuis des années par exemple. Et dans ce sens-là, comment ne pas considérer que les dés sont pipés dès le départ et ne pas être incité à ne pas collaborer à un simulacre de démocratie, sans compter le fait que le vote est devenu avec le temps un "cens caché", où les élus écoutent davantage les bourgeois, menant ainsi une politique de classe face aux prolétaires, dégoutés de cette situation où leur parole compte pour du beurre auprès des gouvernants.

Une gauche en lambeaux

Ces élections, comme tant d'autres ces dernières années, promettent d'être une nouvelle branlée pour la gauche, tant cette partie de l'échiquier politique est en lambeaux. Si la FI semble partie pour confirmer l'hégémonie qu'elle a acquise en 2017, elle risque d'être bloquée aux alentours de 10% des voix en raison d'une forte abstention présumée. Ce qui fait qu'un Jean-Luc Mélenchon, dans sa vidéo sur les élections européennes en revient à faire culpabiliser les électeurs désirant s'abstenir, les accusant de "rendre service à Macron", utilisant ainsi le langage des éditorialistes de 2017 accusant les abstentionnistes de faire "le jeu de Le Pen" et de les considérer comme l'âne de la fable de La Fontaine Les animaux malades de la peste, car les abstentionnistes refusent de voter et "à ces mots, on cria haro sur le baudet".

Il faut dire que la FI a pris cher, ces derniers temps, avec la volte-face d'un de ses anciens membres, Andréa Kotarac, qui a appelé à voter RN. Ce que Mélenchon qualifie de "boule puante" (sic) a provoqué un profond émoi chez les militants insoumis car ce Kotarac était parmi les jeunes pousses du mouvement, ainsi que du Parti de gauche dès sa fondation en 2008, quand Mélenchon et Marc Dolez quittèrent le PS. Puis il représentait un courant souverainiste au sein de la FI, qui était porté notamment par Djordje Kuzmanovic, avant que ce dernier s'en aille en novembre 2018 accusant la FI de dérive "communautariste", "gauchiste", "indigéniste". Un vocabulaire repris par Kotarac donnant encore l'impression que le fraternalisme, dénoncé en son temps par Aimé Césaire, reste vivace à gauche ou que les rouges-bruns ne sont pas si faibles que cela. Mais surtout, l'idée que ces européennes soient "un référendum anti-Macron" comme Mélenchon et d'autres insoumis voulaient mettre en avant ne fait que finalement desservir le mouvement à terme.

En-dehors de la FI, il y a EELV qui a vu un de ses anciens membres, Pascal Canfin, aller vers la liste du pouvoir actuel. Ce qui ne manque pas d'interpeller sur la consistance du parti écologiste, d'autant plus que Yannick Jadot, la tête de liste pour ces européennes, accusé par ses rivaux à gauche de vouloir faire dans l'écologie de marché, de défendre le capitalisme vert parce qu'il a déclaré être "pour la liberté d'entreprendre" et souligné que "le marché pouvait exister", se défend d'être pour le capitalisme dans un entretien accordé au site Reporterre (cf lien n°1). Il y a le PC qui cherche à franchir le seuil de 5%, permettant d'avoir des élus et dont la tête de liste, Ian Brossat, adjoint au maire de Paris sur le logement, fait quelque peu sensation sur la fin de la campagne électorale (cf liens n°2, n°3). Ou encore le PS, tellement détesté depuis le mandat de François Hollande, qu'il est contrait de s'allier avec PP et d'avoir Raphaël Glucksmann, fondateur de ce mouvement, en tête de liste, même si le passé (ou passif) libéral du fils d'André Glucksmann ne plaide pas tellement en faveur du PS et que cette alliance a provoqué des départs au sein de PP, comme celui de l'économiste Thomas Porcher par exemple.

Orthodoxie et autoritarisme

Face à ça, il y a de quoi se demander si ça vaut le coup d'aller voter. Et ce, d'autant plus que le Parlement européen n'a que très peu de pouvoirs dans les règles institutionnelles de l'UE, qui inspire de plus en plus du rejet auprès des citoyens des pays membres. Pourquoi? Parce que cette UE fait dans l'orthodoxie économique avec une dose d'autoritarisme.

Sur l'orthodoxie économique, la priorité donnée aux coupes budgétaires, à des politiques d'austérité par les instances européennes et les états membres font que l'UE est une zone économique qui favorise les rentiers, avec des politiques de dumping social et/ou fiscal, mais où la production, de plus en plus polluante et énergivore d'ailleurs, n'est guère efficace pour enrayer durablement un chômage de masse présent dans la majorité des pays de l'UE. Et si on rajoute le fait que l'euro est un choc asymétrique largement positif pour un pays comme l'Allemagne, tandis que pour des pays comme la France, l'Italie, l'Espagne ou encore la Grèce, cette devise pénalise leurs structures économiques et sociales, malgré la politique d'assouplissement quantitatif menée depuis 2015 par la Banque centrale européenne. Et vu comment la Grèce fut maltraitée en 2015, quand le parti de gauche radicale Syriza arriva au pouvoir et fut contraint de prolonger l'austérité, cela illustre l'impossibilité, dans le cadre actuel de l'UE, de mener une politique alternative.

Au niveau de l'autoritarisme, outre l'exemple grec cité ci-haut, il y a le virage à droite pris dans plusieurs pays de l'UE. On peut citer la Hongrie, la Pologne qui ont durci leur ton sur la question migratoire, mais aussi l'Italie avec le gouvernement de coalition Mouvement 5 étoiles-Ligue (du Nord), qui fait dans la répression envers les exilé(e)s extra-européen(ne)s, poussant à du mélodrame au sein de l'UE comme entre l'Italie et la France ces derniers mois. La répression concerne également les mouvements sociaux et la France de Macron le démontre envers les gilets jaunes depuis novembre 2018, avec plusieurs milliers de gilets jaunes blessés, notamment des éborgnés, par exemple.

Une sortie de droite ou de gauche?

Enfin, la question d'une sortie de l'UE se pose de plus en plus en France. C'est l'UPR, parti qui se veut au-delà du clivage droite-gauche, qui en est le principal porteur avec son leader François Asselineau, estimant que la France y retrouverait de la souveraineté perdue depuis l'accélération du processus européen dans les années 1980, consolidée avec le traité de Maastricht de 1992. De quoi séduire des critiques de l'UE et de l'euro. Pour se faire, l'UPR veut utiliser l'article 50 du traité de Lisbonne qui organise les négociations de sortie d'un état membre de l'UE, après un référendum sur le sujet, à l'instar de ce qu'ont fait les britanniques en juin 2016. Problème, c'est que cet article expose la France, en cas de Frexit, à une vengeance de la part des autres pays de l'UE dans des négociations qui seront complexes. C'est ce qui se passe du côté d'Albion depuis le vote du Brexit, bien que ça n'ait pas encore d'effet sur les structures économiques et sociales outre-Manche car le Royaume-Uni n'est pas encore officiellement sorti de l'UE, ce que Asselineau ne mentionne pas quand il clame que les conditions économiques du R-U n'ont pas tourné à la catastrophe.

En-dehors de l'UPR, certaines forces comme la FI estiment qu'en cas de Frexit, tout l'édifice européen s'écroulerait de lui-même, en raison du poids économique de la France, deuxième puissance de l'espace communautaire. Pour que cette condition se réalise, il faudrait alors que d'autres emboîtent le pas, auquel cas ce serait plus complexe. En tout cas, saper le cadre actuel européen pour mieux reconstruire ensuite, c'est ce qui semble s'imaginer à gauche. Mais il faudrait aller plus loin, en détruisant l'impérialisme français en Afrique (Françafrique), symbolisé par le Franc CFA, dont l'arrimage sur l'euro pénalise lourdement les économies locales qui voient leur souveraineté sapée et pousse à de l'émigration vers l'UE. Ce les partisans d'un Frexit de gauche soulignent dans leur pensée, mais aussi l'UPR, sur la question de la Françafrique. Mais ce Frexit de gauche, cet euroscepticisme de gauche, n'est guère audible car mélangé avec l'euroscepticisme de droite et par conséquent, selon une candidate du PC, les eurosceptiques seraient foncièrement racistes, xénophobes. Certaines personnes de gauche, en France comme ailleurs dans l'UE, eurosceptiques et engagées dans des luttes contre le racisme institutionnel, apprécieront cet amalgame.

En tout cas, l'idée qu'il y ait des souverainistes de droite qui se montrent critiques envers l'euro inquiète le pouvoir. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, s'en inquiète même car ces souverainistes pourraient mettre en péril la pérennité de l'euro (cf lien n°4). C'est dire la fossilisation de la pensée dominante à notre époque.

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